Comment les sondages manipulent le duel Mélenchon / Bardella pour la présidentielle 2027
Vidéo publiée le 30 mai 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo.
L’essentiel
- Les instituts annoncent qu’en cas de second tour face à Jordan Bardella, Jean-Luc Mélenchon serait écrasé (26 à 28,5 % des voix). Praxis juge cette prédiction mathématiquement intenable.
- Les sondeurs ont sous-estimé Mélenchon de 7 à 10 points en 2017 et 2022 ; leurs méthodes de « redressement » restent secrètes, donc invérifiables.
- Une simulation fondée sur les reports de voix réels de 2022 et 2024 donne un duel serré, et au pire 60/40, jamais 70/30.
- Pour Praxis, les sondages ne mesurent pas seulement l’opinion : ils façonnent l’offre politique, favorisent un duel centre contre RN et condamnent les « petits candidats ».
Un cas d’école : Jean-Luc Mélenchon
Praxis précise ne soutenir personne. Si la vidéo prend Jean-Luc Mélenchon comme exemple, c’est qu’il est le cas le mieux documenté d’écart entre sondages et urnes. En 2017, à un mois du premier tour, l’IFOP le créditait de 11,5 % et Elabe de 13,5 % ; il obtient près de 20 %. En 2022, à deux mois du scrutin, il était sondé entre 11,5 et 13 % ; il fait 22 %. Pour 2027, les instituts repartent sur les mêmes bases : 10 à 13 % au premier tour.
Le secret du « redressement »
Un institut qui interroge 1 000 personnes ne publie jamais les réponses brutes : il les corrige par des formules censées compenser les biais de l’échantillon. Ces « redressements » sont légitimes en principe, mais totalement opaques : les instituts invoquent le secret de fabrication. Un ancien responsable de sondages reconnaît qu’à l’époque où les électeurs du Front national cachaient leur vote, on multipliait simplement son score par un coefficient.
Praxis n’accuse pas les sondeurs de truquer volontairement les chiffres, mais rappelle qu’une méthode scientifique se publie et se soumet à la critique. Sans cela, un sondage n’est qu’une estimation humaine, soumise aux biais de ceux qui la produisent. Un rapport du Sénat l’avait déjà relevé en octobre 2010, sans suite.
L’argument du rejet ne tient pas
On objecte que Jean-Luc Mélenchon serait l’une des personnalités les plus rejetées du pays. Mais les instituts se contredisent : selon l’un d’eux, il suscite 62 % de rejet, moins qu’une dizaine d’autres personnalités, dont Emmanuel Macron, François Bayrou ou François Hollande, et à peine plus qu’Édouard Philippe (58 %). Ces enquêtes traduisent surtout le divorce entre citoyens et responsables politiques ; les électeurs votent aussi pour des courants d’idées. Le même argument circulait en 2022, ce qui n’a pas empêché un score de 22 %.
Un facteur nouveau échappe aussi aux sondeurs : un écosystème numérique de médias indépendants, d’influenceurs et de députés actifs en ligne, alors que les médias traditionnels perdent de l’influence. Aux États-Unis, ce type de relais a compté dans les victoires de Donald Trump, que les sondeurs n’avaient pas vu venir en 2016.
La simulation d’un second tour
Plutôt que de sonder un échantillon, Praxis part des résultats réels. En 2022, Marine Le Pen est passée de 8 millions de voix au premier tour à 13 millions au second. Avec 33 % au premier tour en 2027, hypothèse réaliste au vu de la progression du RN, le parti atteindrait 12 millions de voix. Au second tour, il récupérerait les voix de droite mais peu de voix centristes : aux législatives de 2024, dans les duels RN contre LFI, moins de 20 % des électeurs du centre ont voté RN, 38 % se sont abstenus et 43 % ont voté pour le candidat insoumis. Le RN plafonnerait ainsi vers 15 ou 16 millions de voix.
Jean-Luc Mélenchon pourrait, de son côté, rassembler presque toute la gauche pour faire barrage et, si 40 % des centristes se reportaient sur lui comme en 2024, atteindre 14 à 15 millions de voix. Résultat : un duel très serré. Même dans l’hypothèse la plus favorable au RN (18 millions de voix pour Jordan Bardella, presque le score d’Emmanuel Macron en 2022), on obtiendrait 60/40. Un score de plus de 70 % pour le RN est donc, selon Praxis, « mathématiquement impossible ». La vidéo ne prétend pas que Mélenchon gagnera, seulement que sa victoire fait partie des scénarios possibles.
À qui profite la prophétie ?
Praxis ne parle pas de complot mais d’un milieu : sondeurs, journalistes et éditorialistes partagent la même vision du monde, pour laquelle une victoire hors du bloc central est impensable. Affirmer que Jean-Luc Mélenchon ne peut pas gagner légitime d’autres candidatures à gauche (François Hollande, Raphaël Glucksmann, François Ruffin, Marine Tondelier) et disperse les voix, ce qui facilite la qualification d’un candidat du centre. La vidéo relève un graphique de France Info où François Hollande, à 6,5 %, apparaissait aussi haut que Jean-Luc Mélenchon à 12 % ; la chaîne a plaidé l’erreur d’échelle.
Le scénario jugé « rêvé » par le système est un duel Édouard Philippe contre Jordan Bardella, déjà joué en 2017 et 2022 avec Emmanuel Macron : les électeurs de gauche voteraient alors, à contrecœur, pour l’ancien Premier ministre. Gabriel Attal, moins haut dans les sondages, aurait encore plus besoin de cette dispersion à gauche.
Des sondages qui fabriquent l’offre politique
Au-delà du vote utile, les sondages pèsent dès maintenant sur la composition de l’offre : un candidat bien placé rallie son camp, un candidat moyen se demande s’il doit se retirer. Pendant la campagne, ils distinguent ceux qui comptent de ceux qui font de la figuration. Sous 5 %, un candidat n’obtient ni prêt bancaire, ni invitations médiatiques, ni attention des électeurs : sa défaite n’est pas mesurée, elle est provoquée. François Asselineau (critique de l’UE), Philippe Poutou (voix des travailleurs) ou Clara Egger (référendum d’initiative citoyenne) en sont des exemples. Philippe de Villiers a raconté qu’après avoir acheté des sondages à trois instituts, il était passé de 2 à 10 % en huit jours, avec à la clé toutes les grandes émissions.
Pour Praxis, ce filtrage en amont, combiné au discours médiatique du « bloc central contre les extrêmes », rend la liberté de choix illusoire et vide l’élection de son sens.
Que faire des sondages ?
La vidéo ouvre plusieurs pistes sans trancher : interdire les sondages d’intentions de vote et de personnalités, ou les encadrer, en obligeant les instituts à publier leurs données brutes et leurs méthodes de redressement, ou en interdisant leur publication dans les six mois précédant le scrutin. Praxis invite les spectateurs à contribuer à la réflexion avant d’organiser un vote citoyen sur le sujet.
Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.
Source : Comment les sondages manipulent le duel Mélenchon / Bardella pour la présidentielle 2027, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026, également publiée sur YouTube.
Sources
- Vidéo
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Site web
Comment les sondages manipulent le duel Mélenchon / Bardella pour la présidentielle 2027 (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur praxismedia.fr, source de cet article.