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Le Tract

Réflexions libres d’un citoyen français : Éthique, philosophie et politique

10 raisons de se libérer de l’Union européenne

Par Abel PERROT, le

Conférence donnée à Pontarlier, version actualisée de 2013 (première mise en ligne en juillet 2011). Vidéo publiée sur upr.fr le 13 mai 2013 par l’Union populaire républicaine (UPR), le parti fondé en 2007 par François Asselineau, qui fait de la sortie de la France de l’Union européenne — le « Frexit » — le cœur de son programme.

L’essentiel

  • Conférence donnée par François Asselineau dans le Doubs, près de la frontière suisse, en avril 2013. Il y énumère dix raisons de sortir de l’Union européenne, chacune rattachée à des articles précis des traités qu’il faudrait dénoncer.
  • Sa démonstration d’ouverture est mathématique : dans une union de 27 ou 28 États, la probabilité d’une politique cohérente, toute de droite ou toute de gauche, est infinitésimale. Les élections nationales perdent donc leur sens, et l’« autre Europe » est impossible.
  • Les autres raisons couvrent la dette, l’agriculture, l’industrie, l’immigration, la santé, les services publics, les acquis sociaux, la paix et la francophonie.
  • Sa solution : sortir de l’Union par l’article 50 du traité sur l’Union européenne, et de l’OTAN.

Raison 1 : rendre leur sens aux élections

Il part d’une enquête informelle d’un adhérent auprès de collègues : « peu importe leur vote », les élus « appliquent tous la même politique ». Il en donne une explication mathématique, qu’il dit avoir présentée à des polytechniciens. Un État seul a une politique cohérente : quand les Français votent à gauche, ils ont un gouvernement de gauche. Avec deux États forcés à une politique commune, il y a quatre combinaisons de gouvernements droite/gauche, dont deux seulement sont cohérentes : une chance sur deux. Avec trois États, deux sur huit. En généralisant, la probabilité d’une politique cohérente pour n États est de 0,5 puissance (n−1).

Pour six États, l’Europe de 1957, elle était déjà de 3 % ; pour vingt-huit, elle tombe à environ 0,000 000 75 %, soit « six heures et demie tous les 100 000 ans ». Et le calcul est favorable : il ignore les partis multiples, les divergences entre gauches ou droites nationales et surtout les intérêts nationaux. Les institutions européennes sont donc en « cohabitation permanente » ; au Conseil européen de 2013, il compte 14 gouvernements de droite, 5 de gauche et 8 autres. Les élections nationales ne changent plus rien, d’où la montée de l’abstention : de 42,5 % aux européennes de 1979 à des niveaux qui, prolongés, atteindraient 100 % vers 2074, et 56 % aux cantonales de 2011, record historique.

Le même calcul condamne l’« autre Europe » promise par le Parti socialiste (« Changer l’Europe » en 1979, « changerleurope.fr » en 2009), les écologistes, l’extrême gauche ou le Front national. Pour un courant ayant 15 % de chances de gouverner chaque pays, la probabilité d’une Europe à son image serait de « 1,2 seconde tous les trillions d’années ». Il compare ces promesses au Loto. Il cite Tommaso Padoa-Schioppa, pour qui l’Europe « ne procède pas d’un mouvement démocratique » mais du « despotisme éclairé ». Les Français n’ont été consultés que trois fois (1972, 1992, 2005), jamais sur la sortie ; en 2005, leur « non » a été contourné. Calculé sur les inscrits et compte tenu du renouvellement des générations, moins d’un Français adulte sur cinq aurait aujourd’hui voté « oui » à Maastricht.

Raison 2 : casser l’endettement public

Avant 1973, la Banque de France pouvait financer une partie du déficit public sans intérêt, un système potentiellement inflationniste mais qui pénalisait les rentiers. La loi du 3 janvier 1973, prise après la fin de la convertibilité du dollar en or (1971), a obligé l’État à emprunter sur les marchés ; il en relativise lui-même la portée, mais l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) généralise aujourd’hui cette interdiction. Il oppose les 11,9 milliards d’euros d’économies de la révision générale des politiques publiques (2008-2011), payées par des fermetures d’écoles, d’hôpitaux et de commissariats, aux 600 milliards de dette supplémentaire sur la même période. Il critique aussi la vente des autoroutes pour 11 milliards. Il propose de dénoncer l’article 123 et d’organiser un grand débat national sur la dette, « à l’islandaise ou à l’argentine », en examinant si une partie en est illégitime.

Raison 3 : sauver l’agriculture

La France est passée de 3 millions d’agriculteurs en 1962 à moins de 500 000. Il ne conteste pas la baisse tendancielle du nombre d’agriculteurs, mais parle de « disparition ». Les articles 38 et 39 du TFUE étendent le marché intérieur à l’agriculture et lui fixent un objectif de productivité, non d’autosuffisance ni de respect des terroirs. Mis en concurrence avec le monde entier, les prix agricoles français auraient baissé de 60 % en monnaie constante en quarante ans ; 40 % des paysans gagneraient moins que le SMIC, et l’on compterait 400 à 500 suicides d’agriculteurs par an. Les prix à la consommation, eux, ne baissent pas, au profit de la grande distribution. Exemple : dans les fruits et légumes, les producteurs français paient le SMIC aux saisonniers quand leurs concurrents allemands, sans salaire minimum agricole, paient 5 à 6 € de l’heure, et la Commission a interdit les aides compensatoires de l’État.

Raison 4 : sauver l’industrie et l’emploi

L’article 63 du TFUE interdit toute restriction aux mouvements de capitaux, y compris vers les pays tiers. Avant Maastricht, une entreprise devait obtenir l’autorisation du ministère des Finances pour investir à l’étranger : celle de Peugeot en Iran avait été accordée, car destinée au marché local sans réimportation. Ce verrou a sauté. L’article 32 vise à promouvoir les échanges avec les pays tiers et la compétitivité ; il l’illustre par Lejaby, qui fait fabriquer sa lingerie au Maroc, et par Zara, dont les vêtements bon marché font du consommateur un chômeur. À cela s’ajoute un euro trop cher : la BCE n’a pour objectif que la stabilité des prix (article 282) ; or le commerce extérieur français est équilibré quand un euro vaut environ un dollar, et l’euro vaut 1,30 dollar. Il cite Louis Gallois, président d’EADS, en 2008 : l’euro est « en train d’asphyxier une bonne partie de l’industrie européenne ». Airbus fabrique ainsi des A320 à Tianjin, en Chine. Les heures travaillées dans l’industrie auraient baissé d’un tiers en quinze ans, et la France perdrait une usine par jour. Il propose de sortir de l’euro et de dénoncer les articles 32, 63 et 282.

Raison 5 : maîtriser les flux migratoires

Il aborde ce sujet « avec prudence », en rappelant que l’UPR accueille des partisans d’une politique stricte comme d’une politique d’accueil large. Selon lui, le débat est vain tant que la décision appartient à l’Union : l’article 67 du TFUE « assure l’absence de contrôles des personnes aux frontières intérieures », et l’article 79 confie à l’Union le regroupement familial, le séjour et l’immigration clandestine. Il cite une tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Monde en 2003, qui attribuait la hausse de l’immigration illégale aux visas délivrés par d’autres pays de l’Union tout en présentant l’Europe comme « un atout ». Il dénonce la « carte bleue » européenne, qui attire les diplômés des pays du Sud et les prive de leurs forces vives. Il propose de dénoncer les articles 67, 77 et 79 et de trancher par un grand débat national.

Raison 6 : protéger la santé et l’environnement

Il accuse les traités d’imposer une agriculture productiviste, gourmande en engrais et pesticides, et dénonce l’influence des lobbies à Bruxelles, qu’il assimile à du « trafic d’influence ». Ses exemples : les OGM imposés malgré l’opposition d’environ 80 % des Français ; la réintroduction des farines animales pour les porcs, volailles et poissons ; la décision de la Commission de mai 2007 tolérant temporairement des huiles de tournesol ukrainiennes contaminées par de l’huile minérale ; le refus d’étiqueter la viande issue d’animaux clonés ; les achats massifs de Tamiflu et de vaccins lors des grippes aviaire et H1N1. Pour lui, l’article 169, qui inscrit la protection des consommateurs dans « la réalisation du marché intérieur », subordonne la santé aux affaires. Il propose de dénoncer les articles 168 et 169.

Raison 7 : arrêter le pillage du patrimoine et rétablir les services publics

Il retrace l’histoire monétaire : en 1965, de Gaulle réclamait le respect de l’étalon-or ; en 1971, Nixon suspend la convertibilité du dollar. Depuis, les États-Unis pourraient tout acheter avec une monnaie qu’ils émettent à volonté, à condition de lever les obstacles : chute du bloc soviétique, fin du contrôle des changes, libre-échange avec l’OMC (1994). L’endettement total américain dépasserait 400 % du PIB, contre environ 240 % pour la France. Répéter que la France est « en faillite » servirait à la pousser à vendre son patrimoine, comme on pousse une vieille dame à vendre son manoir en lui faisant peur. Exemple : le prix de l’eau à Paris aurait augmenté de plus de 300 % entre 1986 et 1996 après la délégation au privé (il rappelle avoir demandé sa remunicipalisation, réalisée depuis). L’article 106 soumet les services publics aux règles de concurrence. Il propose de le dénoncer et d’inscrire dans la Constitution des services publics non privatisables : EDF, GDF, La Poste, SNCF, réseaux d’eau, autoroutes, TF1, ainsi que toute banque renflouée par l’État.

Raison 8 : défendre les retraites et les acquis sociaux

L’article 121 du TFUE confie à la Commission les « grandes orientations des politiques économiques » (GOPE) et lui permet d’adresser des avertissements aux États. Il cite les recommandations de 2003, rédigées sous la direction de Klaus Regling, alors directeur général des affaires économiques : déficit sous 3 %, baisse du coût du travail, flexibilité de l’emploi, réforme des retraites et recul de l’âge de départ, maîtrise des dépenses de santé, ouverture des marchés du gaz et de l’électricité. Pour lui, les gouvernements successifs ne font qu’appliquer ce programme. Il reproche aux grands syndicats, membres de la Confédération européenne des syndicats financée par la Commission, de faire manifester contre des « marionnettes » sans jamais nommer les contraintes européennes. Il propose de dénoncer les articles 5 et 121.

Raison 9 : préserver la paix

« L’Europe, c’est la paix » serait un slogan de propagande. Lors de la guerre d’Irak de 2003, seule la France s’y est vraiment opposée, avec le discours de Dominique de Villepin à l’ONU. Il évoque l’Afghanistan, où 88 soldats français sont morts, la Libye et la Syrie. L’article 42 du traité sur l’Union européenne subordonne la défense européenne aux obligations de l’OTAN, et les pays de l’Est sont entrés dans l’OTAN avant l’Union. Il cite le site de l’Eurocorps (« une force pour l’Union européenne et l’Alliance atlantique ») et Zbigniew Brzezinski sur l’encerclement de la Russie, qui expliquerait aussi la candidature turque. Pour lui, l’Union et l’OTAN sont « les deux faces de la même médaille » : soit on est dans les deux, et le retour de Nicolas Sarkozy dans le commandement intégré est logique ; soit on sort des deux. Il propose de quitter l’OTAN et de dénoncer l’article 42.

Raison 10 : défendre la vision française et francophone du monde

Ce qui compte n’est pas le poids démographique, « 1 % de la population mondiale » selon Valéry Giscard d’Estaing, mais la langue, l’histoire, le rayonnement. En s’enfermant dans l’Union, la France se couperait de la francophonie. Les fonds structurels donneraient par habitant 90 fois plus à Malte ou à Chypre qu’à la Tunisie, et 200 fois plus à la Lituanie qu’au Maroc, alors que la France doit davantage aux pays francophones, aux tirailleurs sénégalais et à ses compatriotes qui en sont originaires. Il compare la photo de famille du Conseil européen, uniformément blanche, à celles du Commonwealth, de la lusophonie et de la francophonie, et qualifie la construction européenne de « racialiste », application régionale du « choc des civilisations » de Samuel Huntington. Il y oppose l’« universel » français.

Conclusion : l’article 50

Puisqu’une autre Europe est « mathématiquement impossible », la seule voie est l’article 50 du traité sur l’Union européenne : notification, négociation d’un accord de sortie, et sortie de plein droit au bout de deux ans à défaut d’accord. Il prévoit que d’autres États suivront plutôt qu’ils ne s’y opposeront. Son programme : sortie de l’euro, retour du financement de l’État par la Banque de France, défense de ses propres intérêts à l’OMC, contrôle des flux de capitaux, de marchandises, de services et de personnes, sortie de l’OTAN et retrait des troupes engagées dans des « guerres illégales », restauration des services publics. Il conclut par un appel à adhérer à l’UPR, citant Max Frisch : « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles ».

Éléments de langage du programme

  • 0,5 puissance (n−1) : une politique cohérente à 28 est « mathématiquement impossible ».
  • L’« autre Europe » : « 1,2 seconde tous les trillions d’années », une promesse comparable au Loto.
  • La construction européenne, une « dictature qui s’impose par l’ennui et la complexité ».
  • Dix raisons, dix séries d’articles à dénoncer : 123, 38-39, 32-63-282, 67-77-79, 168-169, 106, 5-121 du TFUE et 42 du traité sur l’Union européenne.
  • Union européenne et OTAN, « les deux faces de la même médaille ».
  • « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles. »

Résumé et éléments de langage rapportent les positions de l’UPR telles que le parti les présente ; ils ne valent ni approbation ni vérification. Les thèses avancées, notamment historiques, sont à confronter à d’autres sources.

Source : 10 raisons de se libérer de l’Union européenne, upr.fr, consulté le 20 octobre 2026 ; Le Frexit, pages programme de l’UPR.

Sources