Aller au contenu

Réflexions libres d’un citoyen français : Éthique, philosophie et politique

Le débat du jour avec François Asselineau (1/2) : du Brexit au Frexit

Par Abel PERROT, le

Entretien diffusé par la chaîne Juste Milieu le 7 novembre 2021, pendant la précampagne présidentielle de 2022. Vidéo publiée sur upr.fr le 7 novembre 2021 par l’Union populaire républicaine (UPR), le parti fondé en 2007 par François Asselineau, qui fait de la sortie de la France de l’Union européenne — le « Frexit » — le cœur de son programme.

L’essentiel

  • Dans ce premier volet d’un long entretien à la chaîne Juste Milieu, François Asselineau, candidat à la présidentielle de 2022, revient sur son parcours. Il dresse ensuite un bilan positif du Brexit et détaille la manière dont il ferait sortir la France de l’Union européenne.
  • Pour lui, l’« apocalypse » annoncée au Royaume-Uni n’a pas eu lieu. Il avance un chômage de 4,6 %, une croissance supérieure à celle de la France, une City restée première place financière et le succès diplomatique de l’alliance AUKUS. Il attribue les pénuries de 2021 à la crise mondiale des approvisionnements, et non au Brexit.
  • Il juge contradictoire de vouloir faire primer le droit national sur le droit européen tout en restant dans l’Union. Seul l’article 50 permettrait une sortie légale et concertée.
  • Son calendrier : l’élection sur un programme de Frexit, puis un référendum constitutionnel pour supprimer le titre XV de la Constitution, puis deux ans de négociation au titre de l’article 50, avec sortie de l’euro et retour à un franc qui se déprécierait d’environ 10 à 15 %.

Un parcours de haut fonctionnaire devenu opposant

François Asselineau se dit issu d’un milieu « plutôt favorisé, mais pas très favorisé », élevé dans la foi en l’« ascenseur républicain ». Ses arrière-grands-parents étaient des paysans sans terre. Son père, fils unique né en 1927, a intégré l’École centrale. Lui-même, bon élève, est passé par HEC puis l’ENA, dont il est sorti major de la promotion Léonard de Vinci en 1985. Il a ensuite choisi l’Inspection générale des finances.

En approchant des lieux de décision, il dit avoir découvert que le mérite ne suffit pas et que des réseaux d’influence agissent. Surtout, le véritable pouvoir aurait été transféré à des entités supranationales : l’OTAN pour la défense, l’Union européenne pour presque tout le reste, la BCE pour la monnaie. Dans des cabinets ministériels, il a accompagné François Mitterrand puis Jacques Chirac en voyage officiel. Il a ensuite rejoint Charles Pasqua et Philippe de Villiers contre le traité d’Amsterdam, et dirigé le cabinet de Charles Pasqua au conseil général des Hauts-de-Seine. Il dit s’être rendu compte que tous critiquent l’Union, mais que personne ne veut « aller jusqu’au bout », c’est-à-dire en sortir.

Il souligne avoir brisé sa carrière. Il cite Frédéric Oudéa, inspecteur des finances devenu président de la Société générale, qui gagnerait selon lui environ 280 000 euros par mois. Lui dit avoir choisi de « pouvoir se regarder dans la glace » plutôt que l’argent ou une carrière facile. Il récuse le reproche d’ego démesuré : il aurait été ministre depuis longtemps s’il s’était rallié à François Hollande ou à Nicolas Sarkozy. Il revendique enfin la cohérence de la charte de l’UPR, inchangée depuis 2007 : « le propre de la vérité, c’est qu’elle résiste au temps ».

Une nouvelle méthode de campagne

Il reconnaît qu’en 2017, mettre d’emblée le Frexit sur la table n’était pas la méthode la plus habile, face à « cinquante ans de matraquage idéologique ». Ce matraquage ferait passer toute sortie pour de la folie, et ses partisans pour des ringards, des nationalistes ou des xénophobes. En 2022, il part donc des attentes des Français, sur l’immigration, les délocalisations, l’agriculture, la sécurité ou la diplomatie. Il montre ensuite, mesure par mesure, que les traités les rendent impossibles. Par exemple, interdire les délocalisations suppose de contrôler les mouvements de capitaux, ce que l’article 63 du TFUE interdit. Le Frexit devient ainsi « la conséquence logique de ce que souhaitent les Français ».

Le bilan du Brexit selon l’UPR

On promettait au Royaume-Uni une pénurie de papier toilette et l’exil de 100 000 à 200 000 cadres de la City, pour qui Emmanuel Macron promettait de dérouler le tapis rouge. Rien de cela ne serait arrivé. François Asselineau avance plusieurs éléments :

  • un chômage au sens du BIT de 4,6 %, contre 7,6 à 8 % en France, et bien davantage en tenant compte du chômage « camouflé » ;
  • une croissance nettement supérieure à celle de la France ;
  • une City redevenue première place financière européenne, après quelques mois où Amsterdam l’a brièvement dépassée, et le choix de Londres par Boeing et Google pour leurs nouveaux sièges européens ;
  • l’alliance AUKUS avec les États-Unis et l’Australie, « triomphe » britannique qui a coûté à la France le contrat des sous-marins australiens ;
  • un projet d’avion de combat avec l’Italie et le Japon, quand le SCAF franco-germano-espagnol piétine ;
  • la reprise du contrôle des frontières. Les migrants cherchent à passer de France au Royaume-Uni, et non l’inverse, preuve selon lui que le pays reste attractif.

Il attribue les pénuries de chauffeurs routiers ou d’essence à la reprise mondiale après la Covid, qui a saturé l’« usine du monde » asiatique, notamment pour les puces électroniques. Les mêmes pénuries frappent l’Union, comme le montrent les délais de livraison des voitures. Il compare : la France de 1946-1948 connaissait des pénuries proches de la famine, et personne n’en conclut que la Libération était une erreur. Un bilan du Brexit se fera sur dix ou vingt ans, comme celui du traité de Rome, signé en 1957 sous la IVe République sans l’accord du général de Gaulle.

« La France n’est pas trop petite »

Il conteste l’idée que la France serait trop petite pour peser seule. Il cite la deuxième langue de travail à l’ONU, la sixième ou septième économie mondiale, peut-être la quatrième armée et la deuxième zone économique exclusive du monde. Singapour, six millions d’habitants, ne songe pas à fusionner avec ses voisins, pas plus qu’Israël, le Paraguay ou le Maroc. Il demande aux auditeurs d’origine africaine s’ils imagineraient une union de 27 États dirigée par une « commission de Bangui » non élue. Un tel processus, dit-il, n’existe nulle part ailleurs.

Il voit l’Union se fissurer, avec la Pologne, la Hongrie ou la République tchèque, même si leurs dirigeants récusent toute idée de sortie. Il reprend le mot de Joseph Stiglitz sur l’euro : « ceux qui en sortiront les premiers s’en sortiront le mieux ». Il veut éviter aux Français d’être « ensevelis » sous l’effondrement de l’Union, comme d’autres le furent sous celui de l’URSS.

La Pologne, la primauté du droit national et le « jeu de cartes »

L’animateur évoque la décision du tribunal constitutionnel polonais faisant primer le droit polonais, et le plan de relance européen de 750 milliards d’euros conditionné à des réformes, celle des retraites notamment. François Asselineau rappelle que la Pologne est la première bénéficiaire nette des fonds européens, avec 12 à 15 milliards d’euros par an, et qu’elle peut difficilement y renoncer. La France est au contraire contributrice nette depuis les années 1990, à hauteur d’environ 12 milliards par an. Les Français financeraient ainsi indirectement la Pologne de 2 à 2,5 milliards par an. Il oppose cette somme aux besoins nationaux : routes et ouvrages d’art dégradés selon un rapport du Sénat, 5 700 lits d’hôpital fermés pendant la pandémie, infrastructures manquantes en Guyane et à Mayotte, patrimoine réduit au loto de Stéphane Bern. Il promet de multiplier par dix les crédits du patrimoine.

Il juge la primauté du droit national, avancée par Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Marine Le Pen, Arnaud Montebourg ou Éric Zemmour, une « fausse solution ». Il la compare à une partie de belote ou de Monopoly : on respecte les règles, ou l’on quitte la table, mais on ne peut rester en imposant les siennes. Si chacun fait primer son droit, tout se bloque et s’effondre dans le désordre, ce qu’il ne souhaite pas. Il rappelle l’arrêt Costa contre ENEL (1964) et la révision constitutionnelle de 1992, contre laquelle Philippe Séguin avait plaidé. Celle-ci a créé le titre XV de la Constitution, qui inscrit la participation de la France à l’Union. Il relève que Michel Barnier avait proposé de se soustraire à certains articles des traités sur l’immigration, avant de ne plus en parler. Il juge aussi « irresponsables » les promesses démagogiques d’Éric Zemmour sur le permis à points ou les limitations de vitesse.

La feuille de route de la sortie

  1. L’élection sur un programme de Frexit. Il n’y aurait pas de référendum sur le principe, puisque les Français l’auraient déjà tranché en l’élisant.
  2. Un référendum constitutionnel, obligatoire, pour supprimer le titre XV (article 88-1 et suivants). L’article 50 exige en effet que la décision de sortie respecte les règles constitutionnelles, et le président est garant des traités. Ce vote offrirait une « seconde chance » aux opposants à la sortie.
  3. L’article 50 : notification aux partenaires, puis deux ans de négociation d’un accord de retrait. La sortie peut intervenir plus tôt si l’accord est trouvé, et le délai peut être prolongé. À défaut, la sortie a lieu de plein droit. Le Royaume-Uni a obtenu une prolongation et finalement un accord. Il renvoie à sa conférence « Le jour d’après ».

Il veut une sortie « sereine, concertée », qui préserve de bonnes relations avec l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, comme le Royaume-Uni l’a fait.

La sortie de l’euro et le retour au franc

C’est la partie la plus difficile, puisque le Royaume-Uni n’était pas dans l’euro. Il faudrait suspendre la libre circulation des capitaux, comme cela aurait été fait, « en toute illégalité », lors des crises grecque et chypriote. Il rappelle qu’il n’existe aucune clause de sortie de l’euro sans sortie de l’Union, et que l’on a empêché la Grèce de partir pour éviter le précédent. La dislocation du rouble après la chute de l’URSS fut, selon lui, bien plus complexe. Chaque État de la zone euro a conservé sa banque centrale nationale, et un euro sur un compte français est une créance sur la Banque de France, ce qui faciliterait le passage.

Le nouveau franc se déprécierait d’environ 10 à 15 %. Les importations, hydrocarbures compris, coûteraient plus cher. Il promet de neutraliser la hausse à la pompe en baissant les taxes, qui représentent environ 60 % du prix. Les exportations seraient en revanche plus compétitives. Il cite une étude de Jacques Sapir et Philippe Murer, vers 2012-2013, qui prévoyait au moins un million d’emplois créés en dix-huit mois. Les dettes et crédits seraient convertis à un pour un, comme lors du passage du franc à l’euro. Les retraites seraient garanties et indexées sur les prix. Il invoque la dévaluation de 11,1 % de 1969 sous Georges Pompidou, suivie de plusieurs années de forte croissance, et la dépréciation de la livre après le Brexit.

La France échapperait en revanche au principal casse-tête britannique, la frontière irlandaise et les accords du Vendredi saint, que Bruxelles utiliserait comme « poil à gratter ».

Pourquoi sortir

François Asselineau insiste : sortir n’est ni nostalgie ni xénophobie. Le but est de renouer avec le reste du monde au-delà du périmètre de l’Union et de l’OTAN, et de répondre aux demandes des Français : lutter contre l’immigration clandestine et les délocalisations, relocaliser, maintenir l’industrie et l’agriculture, cesser d’être à la traîne des États-Unis. Il compare les difficultés de transition à une chimiothérapie, désagréable mais nécessaire pour guérir. Il refuse le « nationalisme » de ceux qui, comme Jean-Luc Mélenchon, veulent « désobéir » aux traités pour imposer leur volonté aux autres : « chacun doit être maître chez soi ». Il conclut sur le futur musée du Brexit de Boston, ville qui a voté à 76 % pour la sortie. Ce musée doit expliquer aux générations futures comment le Royaume-Uni s’est libéré de cette « nouvelle prison des peuples ».

Éléments de langage du programme

  • Le Frexit, « conséquence logique de ce que souhaitent les Français ».
  • L’« apocalypse » du Brexit n’a pas eu lieu : 4,6 % de chômage, AUKUS, la City.
  • La primauté du droit national, une « fausse solution » : on ne joue pas à la belote en imposant ses propres règles.
  • Élection, référendum sur le titre XV, puis article 50 : pas de référendum sur le principe du Frexit.
  • Un franc déprécié de 10 à 15 %, au profit des exportations et de l’emploi.
  • « Ceux qui sortiront les premiers s’en sortiront le mieux » (Stiglitz).
  • L’Union européenne, « nouvelle prison des peuples ».

Résumé et éléments de langage rapportent les positions de l’UPR telles que le parti les présente ; ils ne valent ni approbation ni vérification. Les thèses avancées, notamment historiques, sont à confronter à d’autres sources.

Source : Le débat du jour avec François Asselineau (1/2) : du Brexit au Frexit, upr.fr, consulté le 20 octobre 2026 ; Le Frexit, pages programme de l’UPR.

Sources