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Réflexions libres d’un citoyen français : Éthique, philosophie et politique

Une seule mesure pour changer tout le système ? | Clara Egger

Par Abel PERROT, le

Vidéo publiée le 4 juillet 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo, avec pour invité(e) Clara Egger.

L’essentiel

  • Pour Clara Egger, le système politique français n’est pas cassé : il fonctionne exactement comme il a été conçu, c’est-à-dire pour tenir le peuple à l’écart des décisions.
  • Changer de dirigeants ne sert à rien si l’on ne change pas les règles du jeu. D’où une mesure unique : le référendum d’initiative citoyenne (RIC) constituant.
  • Ce droit de proposer et de voter des révisions de la Constitution fonctionnerait comme une « dissuasion » : même inutilisé, il obligerait les élus à gouverner pour la majorité.
  • Sa stratégie : un président élu sur cette seule mesure convoquerait un référendum par l’article 11 pour modifier l’article 89 de la Constitution, avant de redevenir un arbitre.

L’invitée

Clara Egger est enseignante-chercheuse en relations internationales, spécialiste de la démocratie directe. En 2022, elle a porté la candidature du collectif Espoir RIC, sans parvenir à réunir les 500 parrainages d’élus. Elle est de nouveau candidate pour 2027, avec le mouvement Solution démocratique.

Une démocratie confisquée dès l’origine

Sous la Révolution, deux camps s’opposaient. Les uns entendaient la démocratie au sens direct : chacun a le droit d’écrire et de voter la loi. Les autres voulaient élire des représentants et surtout éviter que les pauvres puissent décider. Les projets constitutionnels de 1793, avec des mandats courts, des mandats impératifs et une forme de RIC constituant pensée par Condorcet, n’ont jamais été appliqués : la Terreur est arrivée, puis l’on a ressorti un « projet B » très représentatif.

Le mandat impératif, qui permet de démettre un élu qui ne tient pas ses engagements, est aujourd’hui interdit par la Constitution. Pour le contourner, Solution démocratique propose que ses élus s’engagent devant notaire sur leurs biens personnels. François Boulo, avocat, doute de la valeur juridique d’un tel contrat ; Clara Egger reconnaît sa portée surtout symbolique, mais logique : la défiance envers les promesses électorales est fondée.

Changer les règles, pas les joueurs

Pourquoi, quel que soit le vote, la même politique est-elle menée depuis quarante ans ? Clara Egger prend l’image du Monopoly : qu’on choisisse le chien ou la voiture, les règles imposent de ruiner l’adversaire. Nos institutions incitent les élus à se déresponsabiliser, à négliger les sujets consensuels et à polariser pour gagner des voix.

Elle y ajoute une concentration croissante du pouvoir depuis trente ans : moins il y a de décideurs, plus ils sont faciles à influencer pour les plus fortunés. Selon les politistes Raul Magni-Berton et Simon Varaine, la France compte parmi les régimes les plus ploutocratiques d’Europe : les plus aisés y sont mieux représentés au Parlement comme au gouvernement. Avant la dissolution de 2024, on pouvait obtenir présidence et majorité avec le soutien de 20 % du corps électoral, un décalage qu’on observe ailleurs dans des contextes proches de la guerre civile.

Un système électoral verrouillé

Obtenir 36 parrainages en 2022, avec un collectif sans parti ni association et une campagne d’environ 15 000 euros financée par ses membres, était déjà notable. Deux obstacles : les maires déterminent seuls l’offre présidentielle, la France étant le seul pays à élire son président au suffrage direct sans parrainages citoyens ; et la publicité des parrainages, décidée sous François Hollande, expose les maires de petites communes à la réprobation de leurs administrés. Le calendrier 2027, avec des municipales un an avant, complique encore la tâche des petits candidats.

Les grands médias, eux, fixent la « saillance » : non pas quoi penser, mais à quoi penser. Une journaliste de France Culture lui a répondu que la démocratie n’était « pas un enjeu prioritaire » de la campagne. Elle reste optimiste : en Italie, le Mouvement 5 étoiles a émergé grâce aux médias alternatifs, malgré l’hostilité des grands médias.

Pourquoi le seul RIC constituant

Son programme repose sur l’équilibre des pouvoirs : remettre le Parlement à sa place, ramener le président à un rôle d’arbitre (il n’y a plus d’arbitre, mais un « chef de camp »), redonner du pouvoir aux élus locaux, et surtout aux citoyens face à leurs élus. Le RIC constituant est la « clé qui déverrouille » : qui peut proposer et voter des changements de la Constitution devient « le patron », et peut ensuite créer les autres formes de RIC (législatif, abrogatoire, révocatoire, veto). Le choix d’une mesure unique doit permettre de rassembler tous ceux qui se sentent impuissants.

Ce n’est pas un simple outil mais une conquête démocratique, comme le suffrage masculin ou le vote des femmes : l’extension à tous du droit d’écrire la loi. Une assemblée constituante, au contraire, reste représentative, et elle est risquée : au Chili, deux projets de constitution ont été rejetés par référendum, et le pays est revenu au point de départ. Une bonne constitution doit pouvoir évoluer pas à pas. Pour Clara Egger, c’est d’ailleurs une idée française, la France l’ayant inventée en 1793.

Faut-il des limites, par exemple sur la peine de mort ? Elle n’en prévoit aucune, à l’exception des garde-fous existants de l’article 89 (intégrité du territoire, forme républicaine). La réforme conçue par le politiste Raul Magni-Berton change quelques mots seulement, en s’inspirant de pays qui pratiquent ce mécanisme depuis la fin du XIXe siècle.

Ce que le RIC changerait

Un effet de dissuasion. Même sans référendum, les élus ne pourraient plus gouverner pour une minorité. Les citoyens pourraient inscrire dans la Constitution un impôt sur les plus fortunés ou, comme les Suisses, interdire les rémunérations exceptionnelles des dirigeants en temps de crise.

Des référendums précis. Contrairement à un référendum décidé par les élus, comme le Brexit, où l’on vote oui ou non en laissant aux dirigeants le choix des modalités, un RIC porte sur un texte détaillé qui fixe un mandat et des garde-fous. Pour une sortie de l’euro, les initiateurs s’appuieraient sur l’expertise disponible, celle de Jacques Nikonoff par exemple, et sur le tissu associatif français. Les Suisses, qui votent régulièrement sur leurs rapports avec l’Union européenne, sont selon elle le peuple d’Europe qui la connaît le mieux. Les Irlandais, qui votent sur chaque traité, ont obtenu de nombreuses dérogations ; la France, élève docile, n’en a presque aucune.

Moins de conflits de rue. Avec un RIC, il n’y aurait pas eu les Gilets jaunes : agir ne demanderait plus de risquer les gaz lacrymogènes et ses jours de salaire, et les manifestations, quand elles ont lieu, sont aussitôt prises au sérieux. Un ami suisse s’étonnait du système municipal français : « Nous, on serait dans la rue tous les jours. »

Moins de polarisation. Les grandes enquêtes sur les valeurs montrent des Français peu polarisés et d’accord sur beaucoup de sujets ; ce sont les élites politiques qui jouent la polarisation pour gagner des voix, et qui ne savent pas construire de compromis, comme l’a montré Emmanuel Macron face à une Assemblée divisée. Les référendums permettent aux minorités de défendre leurs idées : dans les pays dotés du RIC, les plus satisfaits du système sont souvent ceux qui perdent le plus. Ils pèsent aussi sur les finances publiques : les Suisses votent régulièrement sur le budget, ce qui limite les dépenses clientélistes.

Une justice plus efficace. Une procédure prud’homale dure cinq à six ans avec l’appel ; les élus n’ont pas intérêt à rendre la justice lisible, alors qu’ils savent l’accélérer quand cela les concerne. Des citoyens dotés du même pouvoir que des députés seraient traités comme tels.

La stratégie

Les objections au RIC (peuple stupide, manipulable, décisions trop rapides) sont les mêmes que celles opposées autrefois au vote des pauvres et des femmes. Atout français : la Constitution est relativement facile à réviser. Un président démocrate peut, par l’article 11, soumettre à référendum la modification de l’article 89. Trois Français sur quatre soutiennent le RIC depuis 2010, mais ils se divisent sur l’immigration, la sécurité, le climat ou l’éducation. Le mot d’ordre de Clara Egger : s’unir pour changer les règles, puis « s’engueuler » sur le reste.

François Boulo objecte qu’il est plus facile de mobiliser sur le pouvoir d’achat que sur la démocratie. Elle en convient et relie le RIC au quotidien : contrôle du train de vie de l’État, choix des priorités de dépense, accès à la justice. Son anecdote d’espoir : Gaëlle, qui n’avait jamais fait de politique et redoutait d’appeler des maires, en appelle désormais quarante par jour et obtient des parrainages chaque semaine.

Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.

Source : Une seule mesure pour changer tout le système ? | Clara Egger, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026, également publiée sur YouTube.

Sources