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Réflexions libres d’un citoyen français : Éthique, philosophie et politique

Médias, Censure, Dérive autoritaire : le pouvoir verrouille tout | Aude Lancelin

Par Abel PERROT, le

Vidéo publiée le 28 mars 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo, avec pour invité(e) Aude Lancelin.

L’essentiel

  • La journaliste Aude Lancelin raconte son éviction de L’Obs en 2016, qu’elle qualifie d’« opération de nettoyage politique » sur fond de liens entre actionnaires et pouvoir.
  • La censure passe d’abord par le recrutement et l’autocensure, aggravées par la crise de la presse et l’expansion du groupe Bolloré ; la presse progressiste est en voie de disparition.
  • Fact-checkeurs, lois sur les fausses nouvelles et la haine en ligne, règlement européen DSA : selon elle, autant d’outils pour contrôler les opposants.
  • Le droit de manifester est réduit, le résultat des législatives de 2024 bafoué : la France glisse vers l’autoritarisme. Le seul espoir est l’union au-delà des clivages, dans l’esprit des Gilets jaunes et du Conseil national de la Résistance.

L’invitée

Aude Lancelin est journaliste, passée par Marianne puis directrice adjointe de la rédaction de L’Obs de 2014 à 2016. Licenciée, elle a obtenu en justice la reconnaissance du caractère abusif de ce licenciement. Elle a reçu le prix Renaudot de l’essai 2016 pour Le Monde libre, récit de quinze ans dans les médias parisiens, et a fondé en 2019 le média indépendant QG. C’est la première invitée du format « Entretien » de Praxis.

L’affaire de L’Obs

Selon elle, son éviction relève d’une « opération de nettoyage politique », établie par plusieurs journalistes d’investigation (Laurent Mauduit, Jean Stern, Jean-Baptiste Rivoire). Xavier Niel, devenu l’actionnaire le plus puissant du journal, était en discussion constante avec l’Élysée : l’avenir de Free dépendait du renouvellement de son contrat d’itinérance avec Orange, une décision entre les mains de l’Arcep, dont le président est nommé par le chef de l’État. François Hollande, très affaibli au point de renoncer à se représenter, voulait reprendre en main une presse qui faisait partie de son « pré carré ».

Elle donnait la parole à des penseurs plus à gauche que ne le souhaitaient les actionnaires (Pierre Bergé, Claude Perdriel), en pleine contestation de la loi travail et de Nuit debout, dans un contexte européen marqué par Syriza et Podemos. Elle était en outre la compagne de l’un des animateurs de Nuit debout. Elle est écartée « dans des conditions d’une violence salariale extrême ».

Comment fonctionne la censure

Le licenciement n’est que le stade ultime. La censure commence au recrutement : déjà chez Balzac, dans Illusions perdues, on embauche le jeune journaliste « souple comme un vieux cuir ». Elle se prolonge par l’autocensure, de loin le mécanisme le plus courant : chacun sait d’où vient le vent. Beaucoup de journalistes du groupe Le Monde ou de L’Obs « rongent leur frein » depuis des années. La crise de la presse et l’expansion du groupe Bolloré, chez qui beaucoup refusent de travailler, accroissent ce chantage à l’emploi. François Boulo y voit le même mécanisme que dans les dossiers de burn-out et de harcèlement qu’il traitait comme avocat : quand on ne peut plus démissionner, on accepte l’inacceptable.

Résultat : en kiosque, tout « tire dans le même sens ». Au-delà du JDD, de Valeurs actuelles ou de Front populaire, L’Express et Le Point ont basculé (immigration, coupes budgétaires, soutien unanime à la réforme des retraites). La presse progressiste, L’Humanité, Politis ou Regards, réduite à quelques pages, subit « une guerre d’attrition menée par le capital ». Depuis Le Monde libre, la situation s’est encore dégradée, avec le rachat du JDD et le licenciement de son directeur Hervé Gattegno.

Les fact-checkeurs et le contrôle de l’information

Aude Lancelin reprend le mot de Glenn Greenwald, journaliste à l’origine des révélations Snowden : « un expert en désinformation est nécessairement un escroc ». Les figures du fact-checking omniprésentes sur le service public ou dans L’Express ne sont selon elle spécialistes ni de géopolitique, ni d’économie, et leurs structures, comme Conspiracy Watch, vivent largement de financements publics ou associatifs. Elle les qualifie de « trolls gouvernementaux » qui ciblent toujours les mêmes courants critiques. Signe de mauvaise foi : ils ne s’excusent jamais. Sur le « Russiagate », l’idée que Donald Trump aurait été porté au pouvoir par la Russie, la presse américaine sérieuse a présenté des excuses à ses lecteurs ; pas eux.

Depuis 2018, le pouvoir aurait multiplié les lois de contrôle : secret des affaires, loi sur les fausses nouvelles votée en urgence pendant les Gilets jaunes, loi contre la haine en ligne, puis le règlement européen sur les services numériques (DSA), soutenu par la France, qui fait de certaines de ces structures des « signaleurs de confiance ».

Les Gilets jaunes et le droit de manifester

Les Gilets jaunes ont « changé sa vie », comme celle de François Boulo : un mouvement transpartisan qui reliait ses origines populaires à un engagement pour le pays. Le 1er décembre 2018, à l’Arc de Triomphe, elle a vu pour la première fois les CRS reculer devant la foule. Les médias ont qualifié les manifestants d’homophobes, racistes, antisémites ou factieux.

Le droit de manifester existe encore mais il est très restreint : loi « anti-casseurs » de 2019 autorisant des interpellations préventives ; loi « sécurité globale », dont l’interdiction de filmer les policiers n’a été censurée que grâce à la mobilisation ; usage banalisé des drones ; LBD et grenades de désencerclement, spécificités françaises ; nouvelle doctrine de maintien de l’ordre et création des BRAV-M, retour des voltigeurs à moto interdits après la mort de Malik Oussekine en 1986. Surtout, manifester ne sert plus : la réforme des retraites est passée malgré l’opposition de 70 % des Français et de près de 90 % des actifs, selon les chiffres cités.

Une démocratie confisquée

La France recule dans l’indice de démocratie de The Economist, qui la classe désormais comme « démocratie défaillante ». Après les législatives de 2024, Emmanuel Macron aurait dû entrer en cohabitation avec la force arrivée en tête ; il a nommé des Premiers ministres issus de la troisième force de l’Assemblée. François Boulo parle d’un président légaliste qui respecte la lettre des institutions mais en bafoue l’esprit ; pour Aude Lancelin, ce refus est même « antipatriotique ».

Pour elle, la vraie rupture date de Nicolas Sarkozy : retour dans le commandement intégré de l’OTAN, intervention en Libye, traité de Lisbonne contournant le « non » de 2005. Emmanuel Macron s’inscrit dans cette continuité atlantiste, avec en propre une « absence totale d’empathie », la croyance en « l’action par le verbe » (Emmanuel Todd) et, selon François Boulo, une capacité inédite à nier l’évidence (« il n’y a pas de violences policières »).

Pourquoi le pouvoir se crispe

Les Gilets jaunes ont réveillé dans la haute bourgeoisie la « terreur du peuple », héritée de juin 1848 et de la Commune. Plus profondément, quarante ans d’inégalités croissantes ont recréé une société d’héritiers. « Une société plus injuste est une société plus dangereuse pour les riches, donc une société qui fonctionne à la matraque. » Elle relève qu’un CRS est désormais payé comme un professeur en milieu de carrière. Une nouvelle révolte lui paraît inévitable ; le vote RN n’offrirait qu’une « fausse issue de secours » et une déception à venir.

Ce qui l’inquiète, ce qui l’espère

Elle s’inquiète de voir disparaître, partout dans le monde, le camp de la justice sociale et de l’émancipation, dans une société individualiste qui nourrit un backlash réactionnaire. Mais elle rappelle Nelson Mandela, qui apprenait le droit et la langue de ses geôliers pendant vingt-sept ans de prison. La France a montré qu’elle savait encore se révolter.

La voie, selon elle : refuser les clivages imposés et parler à tous, comme sur les ronds-points ou au Conseil national de la Résistance. Elle aurait voulu faire tomber la réforme des retraites, quitte à voter des motions communes avec le RN. La logique du soupçon par capillarité est selon elle en train de « faire crever » la gauche, au point qu’on puisse parler d’« opposition contrôlée ». Les vrais antifascistes, dit-elle, sont ceux qui allaient sur les ronds-points convaincre des électeurs du RN. Elle conclut sur le parcours de François Boulo, avocat d’une famille gaulliste transformé par les Gilets jaunes, et sur le sien : après le chômage, elle n’a jamais voulu revenir dans le monde d’avant. Et elle cite Marc Aurèle : « Ce qui se dresse sur le chemin devient le chemin. »

Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.

Source : Médias, Censure, Dérive autoritaire : le pouvoir verrouille tout | Aude Lancelin, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026, également publiée sur YouTube.

Sources