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Réflexions libres d’un citoyen français : Éthique, philosophie et politique

La France face au Brexit

Par Abel PERROT, le

Conférence du 23 janvier 2020, huit jours avant la sortie effective du Royaume-Uni de l’UE. Vidéo publiée sur upr.fr le 28 janvier 2020 par l’Union populaire républicaine (UPR), le parti fondé en 2007 par François Asselineau, qui fait de la sortie de la France de l’Union européenne — le « Frexit » — le cœur de son programme.

L’essentiel

  • Dans cette conférence donnée à Bourg-en-Bresse huit jours avant la sortie effective du Royaume-Uni, le 31 janvier 2020, François Asselineau présente le Brexit comme un événement historique. Il y voit la preuve qu’on peut sortir de l’Union européenne et l’occasion de juger enfin sur pièces.
  • Il dresse d’abord un tableau sombre de la France : montée de la pauvreté, Gilets jaunes, contestation de la réforme des retraites. Selon lui, ces maux viennent de la construction européenne, qui obligerait les présidents successifs à « prendre le parti des puissants contre le peuple ».
  • Le Brexit a été difficile à mettre en œuvre non parce qu’il est difficile de sortir, mais parce que les européistes refusaient le verdict des urnes. Boris Johnson l’a « bouclé » en quelques mois.
  • Il cite les premières décisions britanniques : hausse du salaire minimum, renationalisation ferroviaire, milliards pour la santé, subventions agricoles versées directement. Pour la France, il en déduit une note européenne plus lourde.
  • Pendant les questions, il revient sur la sortie de l’euro, les nationalisations, l’écologie, la différence entre coopération internationale et intégration supranationale, et le financement de l’UPR.

Une France « en lambeaux »

François Asselineau ouvre sur le constat d’un pays qui « part en lambeaux dans tous les domaines ». Le niveau de vie des classes moyennes s’érode, et les plus modestes basculent dans la pauvreté. Il cite l’Insee : environ 400 000 personnes de plus sous le seuil de pauvreté en 2018, soit plus de 1 000 par jour, pour un total d’environ 9,3 millions de pauvres. Au même moment, une « toute petite oligarchie » s’enrichit, à l’image de Bernard Arnault, devenu l’un des trois hommes les plus riches du monde. On imposerait à la France une société « à l’américaine ».

Or la France est un vieux pays de 1 500 ans, façonné par le christianisme. Il reprend à Emmanuel Todd l’idée qu’elle est « anthropologiquement égalitariste ». Il retrace une tradition de chefs d’État protecteurs du peuple contre les puissants : Saint Louis rendant la justice sous son chêne et fondant les premiers hospices, Henri IV, le jeune Louis XIV et ses « Grands Jours d’Auvergne » qui firent condamner des seigneurs abusifs. Quand un chef d’État a pris le parti des puissants contre le peuple, conclut-il, cela s’est toujours mal terminé.

Selon lui, la construction européenne force justement les présidents à prendre ce parti. Ce serait un « coup de génie » : une oligarchie financière s’empare de tous les pouvoirs « sous couvert de faire la paix », avec une construction si compliquée et si ennuyeuse que les citoyens s’en détournent. Le président ne serait plus qu’une « marionnette ».

Les Gilets jaunes et la réforme des retraites

Il en veut pour preuve la crise sociale : plus de soixante week-ends de mobilisation des Gilets jaunes, une « jacquerie récurrente ». Un chef d’État normal chercherait l’apaisement : redresser le niveau de vie, protéger l’économie des importations à bas prix, arrêter les délocalisations et les rachats d’entreprises françaises par des capitaux américains, chinois ou du Golfe. Emmanuel Macron lance au contraire une réforme des retraites « que personne ne demandait ». Elle mobilise jusqu’aux avocats, médecins et kinésithérapeutes, une partie de son propre électorat. François Asselineau y voit une baisse programmée des pensions : il suffira d’augmenter la valeur du point moins vite que l’inflation. La meilleure façon d’équilibrer les retraites serait plutôt de créer des emplois, ce que permettrait selon lui un franc déprécié de 10 à 15 %.

Il décrit un pouvoir assiégé : manifestations tendues place de la République, le couple présidentiel évacué d’un théâtre, des ministres exfiltrés de lieux publics. Si le président agit ainsi, « ce n’est pas lui qui décide de l’agenda ». La raison en serait les grandes orientations des politiques économiques (GOPÉ, article 121 du TFUE), qui exigent chaque année des réformes : droit du travail, privatisations, retraites, fusion des communes, baisse des dotations. Il dit l’avoir annoncé en 2017 dans le débat télévisé de la présidentielle et devant l’Association des maires de France. Tout autre élu que lui y serait tenu, « à moins de quitter le club », puisqu’on ne peut rester dans un club en refusant ses règles.

L’euro, enfin, imposerait des politiques récessives. La compétitivité allemande progresse plus vite que la française depuis 1949. Avant l’euro, on dévaluait, comme en 1969 après la forte hausse du SMIG de 1968. Faute de dévaluation possible, il ne reste que la « dévaluation interne », c’est-à-dire la baisse des salaires et des pensions. Tant que la France restera dans l’euro, la pauvreté augmentera, comme en Grèce, en Italie ou en Espagne. Il renvoie à la conférence de Vincent Brousseau sur la tragédie de l’euro.

Une diplomatie à la dérive

François Asselineau dresse un réquisitoire contre la diplomatie d’Emmanuel Macron, qu’il juge « maladroit » au point de faire « rire la planète ». Il cite plusieurs épisodes :

  • l’image de Donald Trump époussetant la veste du président français ;
  • l’alignement sur les sanctions contre la Russie après l’affaire Skripal, dont il conteste la version officielle, puis l’appel aux entreprises françaises à investir en Russie ;
  • une plaisanterie sur les migrants comoriens, et des incidents au Burkina Faso, au Ghana et en Australie ;
  • la leçon donnée à la Pologne sur sa justice ;
  • le traité d’Aix-la-Chapelle, où la France soutiendrait la candidature de l’Allemagne à un siège permanent au Conseil de sécurité ;
  • la signature du pacte de Marrakech sur les migrations « dans le dos des Français ».

Le Brexit, un tournant historique

D’autres territoires étaient déjà sortis de la construction européenne : le Groenland en 1985, puis Saint-Barthélemy, devenue collectivité d’outre-mer. Il rappelle qu’environ un demi-million de Français vivent hors de l’Union, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie, à Wallis-et-Futuna, à Saint-Pierre-et-Miquelon et à Saint-Barthélemy. L’ancien maire de Saint-Barthélemy lui aurait confirmé que « tout va très bien ».

Avec le Royaume-Uni, c’est autre chose, puisqu’il s’agit d’une puissance économique comparable à la France. François Asselineau en fait l’éloge historique : la Grande Charte de 1215, l’habeas corpus, la monarchie parlementaire, l’invention du capitalisme et des syndicats. Surtout, le Royaume-Uni fut en 1940 le seul pays à résister à Hitler, quand les États-Unis gardaient un ambassadeur à Vichy et ne reconnaissaient pas la France libre. C’est Winston Churchill et la BBC qui ont permis à de Gaulle « d’être de Gaulle ». Il souligne aussi que le débat sur le Brexit a été pluraliste : de grands journaux et des centaines de chefs d’entreprise appelaient à sortir, alors qu’en France tous les médias seraient pour l’Europe.

Pourquoi le Brexit a tant tardé

Après le référendum, le Parti conservateur, majoritairement opposé à la sortie, a choisi Theresa May, elle-même opposée au Brexit. Face à elle négociait la Commission et Michel Barnier, également hostiles. Theresa May aurait fait comme Pénélope, qui défaisait la nuit la tapisserie tissée le jour, pendant trois ans et demi. Beaucoup en concluaient que sortir était impossible. François Asselineau répond que ce qui est difficile, ce n’est pas de sortir, c’est d’obtenir que les européistes respectent le verdict des urnes. Il rappelle le précédent du « non » français de 2005, contourné en 2008 par la ratification parlementaire du traité de Lisbonne.

Il cite Emmanuel Macron, qui aurait admis devant la BBC, en janvier 2018, que les Français voteraient « probablement » pour un Frexit si on leur posait la question. Il estime à environ 40 % la part de Français favorables à une sortie, sans campagne, et rappelle que le « oui » à la Constitution européenne était donné largement gagnant avant de perdre.

Boris Johnson, biographe et admirateur de Churchill, a « bouclé » en cinq mois et demi ce que Theresa May n’avait pas fait en trois ans. Loin d’être « ravagés de remords », les Britanniques ont porté le Brexit Party en tête des européennes de 2019, avec 34 %, puis donné une large majorité aux conservateurs le 12 décembre 2019. Le Parti travailliste, partisan d’une « autre Europe », a fait son pire score depuis 1935. L’UPR prévoit de fêter à Paris la sortie du 31 janvier, au son du God Save the Queen et de La Marseillaise.

Les premières décisions de Boris Johnson

François Asselineau estime qu’on va enfin passer des fantasmes aux faits. Il cite plusieurs mesures annoncées :

  1. une hausse de 6,2 % du salaire minimum, la plus forte depuis des décennies, qui le placerait au-dessus du SMIC français. En France, au contraire, le SMIC ne connaîtrait aucun « coup de pouce » pour la neuvième année. Il raille au passage le « SMIC européen » de la gauche : il exigerait l’unanimité, les pays scandinaves s’y opposent pour protéger leur modèle, et sa moyenne avoisinerait 700 euros, ce qui encouragerait le dumping, déjà alimenté par près d’un million de travailleurs détachés ;
  2. la renationalisation d’une ligne ferroviaire privatisée sous Margaret Thatcher ;
  3. un effort massif pour le NHS, le service de santé, de l’ordre de 25 milliards de livres par an à horizon de cinq ans, alors que les urgences françaises sont en crise ;
  4. le maintien des subventions agricoles, versées directement et orientées vers une agriculture de qualité. La France verse environ 24 milliards d’euros par an à l’Union et en reçoit 15, perdant ainsi 9 milliards au passage. Le Royaume-Uni récupère sa contribution nette d’environ 10 milliards ;
  5. une prise de distance diplomatique : seul en Europe, Boris Johnson a dit que bombarder des sites culturels iraniens, comme Donald Trump en menaçait, serait un crime de guerre.

La facture pour la France

La conséquence « malheureuse » pour la France est le trou d’environ 10 milliards d’euros laissé par le départ britannique, au moment où s’ouvre la négociation du budget européen 2021-2027. S’y ajoutent l’entrée envisagée de l’Albanie et de la Macédoine du Nord, que la France a freinée avant d’être isolée, selon lui sous la pression du département d’État américain. S’y ajoutent enfin les ambitions climatiques d’Ursula von der Leyen. La contribution nette de la France pourrait passer de 9 à 15 milliards par an, celle de l’Allemagne de 15 à 25.

Il oppose ces sommes aux besoins français :

  • des ponts et tunnels en mauvais état selon un rapport du Sénat, et environ 300 millions d’euros par an qui manquent pour les routes ;
  • des hôpitaux, des maternités et des urgences débordés ;
  • des commissariats et une armée sous-équipés ;
  • des monuments historiques en péril.

La Pologne, première bénéficiaire nette avec environ 14 milliards par an, recevrait ainsi indirectement 2 à 2,5 milliards de la France. Il rappelle que Varsovie a choisi des avions de combat américains peu après son adhésion. Il critique enfin les privilèges des fonctionnaires européens en matière de retraite, au moment où l’on allonge la durée de cotisation des Français.

« L’Europe, c’est la paix » ?

François Asselineau récuse ce slogan. La France serait en conflit avec la Russie et avec le monde arabo-musulman, alors qu’elle était acclamée partout sous de Gaulle. Elle perdrait pied en Afrique et au Moyen-Orient, où ses interlocuteurs libanais de toutes confessions lui auraient dit qu’elle apparaît comme un « supplétif des États-Unis ». Il relève que la population des pays francophones a dépassé celle de l’Union européenne, pendant qu’en France on multiplie les enseignements en anglais. Il dénonce aussi les eurorégions et les projets d’autonomie, en Bretagne, en Corse et en Alsace, qui menaceraient l’unité nationale.

Les questions de la salle

La sortie de l’euro. Contrairement au Royaume-Uni, qui avait gardé la livre et appliqué sa méthode du « wait and see », la France devra créer une monnaie et rétablir d’emblée le contrôle des capitaux, en dérogeant à l’article 63 du TFUE, comme cela s’est fait pour Chypre. Il pense le faire avec l’accord de l’Allemagne, des Pays-Bas ou du Luxembourg, qui craindraient un afflux de capitaux. Il retrace l’histoire du franc, monnaie de la liberté : il fut créé en 1360 pour la rançon de Jean le Bon, disparut sous la monarchie absolue, revint avec le franc germinal et disparut avec l’euro. Les dettes et créances seraient converties à un pour un, comme lors du passage à l’euro. Le franc perdrait 10 à 15 %, et non 50 %, ce qui créerait un million d’emplois ou plus. Les taux négatifs du Bund allemand montreraient que les marchés anticipent eux-mêmes l’éclatement de l’euro et la réévaluation d’un futur mark.

Les nationalisations. Il rappelle l’exigence d’une « juste et préalable indemnité » posée par la Déclaration de 1789. Il distingue plusieurs formes : l’étatisation totale, la golden share, la participation majoritaire ou une minorité de blocage. Pour Aéroports de Paris ou les autoroutes, cédées en 2005 pour une somme qu’il juge sous-évaluée, les clauses léonines iraient devant la justice. Il appelle à signer la demande de référendum sur ADP et promet de demander des comptes sur les cessions d’Alstom ou de Latécoère.

L’écologie. Pour lui, Union européenne et écologie sont incompatibles. Les traités organisent l’hyperconsommation et les délocalisations, par la libre circulation des capitaux instaurée par l’Acte unique de 1986. Il en donne pour exemple les oignons de Nouvelle-Zélande vendus en juillet dans un supermarché de la Nièvre, en pleine récolte bourguignonne, après plus de 19 000 kilomètres. Les grands problèmes environnementaux se règlent au niveau planétaire, et certaines mesures au niveau national, comme le Luxembourg l’a fait pour le glyphosate.

« On ne peut pas tout faire seul ». Il distingue la coopération internationale et l’intégration supranationale. La première, comme Airbus, voulu par de Gaulle, le tunnel sous la Manche ou les centrales nucléaires vendues à la Chine, marche parce que tous les partenaires visent le même but. La seconde fusionne tout, de Lisbonne à Helsinki, entre des pays aux intérêts divergents. La taxe Tobin bute sur le Luxembourg, la défense européenne sur les pays de l’Est qui veulent le « parapluie américain », le projet Galileo sur les réticences britanniques et allemandes. Il raconte avoir vu la France perdre en 1994 la surveillance aérienne de l’Amazonie, attribuée à Thomson en 1963, parce que le Brésil ne croyait plus que les données échapperaient aux Américains, et parce que les offres françaises auraient été interceptées par le réseau Échelon. Sortir de l’Union ne signifie pas se couper du monde. La pièce britannique frappée pour le Brexit porte d’ailleurs la devise « paix, prospérité et amitié avec toutes les nations ».

La justice et l’autorité de l’État. Les dysfonctionnements des services publics viendraient d’un affaiblissement de l’État. Rétablir son autorité, du latin auctoritas, suppose d’être l’auteur de ses décisions et d’avoir à sa tête des dirigeants respectables, car « le poisson pourrit par la tête ».

Le financement de l’UPR. Il revendique zéro dette bancaire, zéro aide publique, faute d’avoir eu cinquante candidats au-dessus de 1 % aux législatives, et zéro « argent louche ». Il dit être en procès contre Télérama, qui l’avait associé à des « valises de Poutine ». Il oppose cette gestion aux dettes des Républicains, du Rassemblement national et du Parti socialiste, et propose d’interdire l’endettement des partis.

Les scores électoraux. Il reconnaît des résultats modestes : 0,9 % à la présidentielle de 2017 et 1,2 % aux européennes de 2019. Il les attribue au verrouillage médiatique, au « vote utile » et aux habitudes de vote, qu’il illustre par l’image du charcutier : les clients restent fidèles à une boutique déclinante plutôt que de découvrir un nouvel artisan. Il rappelle que Nigel Farage a mis des années à percer et se dit certain que l’UPR est en « phase rapidement ascendante ».

Éléments de langage du programme

  • « Ce qui est difficile, ce n’est pas de sortir de l’Union, c’est d’obtenir que les européistes respectent le verdict des urnes. »
  • La construction européenne oblige le chef de l’État à « prendre le parti des puissants contre le peuple ».
  • Les GOPÉ, feuille de route des réformes, et l’euro, qui impose la « dévaluation interne ».
  • Les premières décisions de Boris Johnson : salaire minimum, NHS, rail, agriculture.
  • 9 milliards nets donnés chaque année à Bruxelles, peut-être 15 demain, quand 300 millions manquent pour les routes.
  • Coopération internationale contre intégration supranationale : Airbus contre la Commission.
  • Le franc, « monnaie de la liberté ».

Résumé et éléments de langage rapportent les positions de l’UPR telles que le parti les présente ; ils ne valent ni approbation ni vérification. Les thèses avancées, notamment historiques, sont à confronter à d’autres sources.

Source : La France face au Brexit, upr.fr, consulté le 20 octobre 2026 ; Le Frexit, pages programme de l’UPR.

Sources