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Réflexions libres d’un citoyen français : Éthique, philosophie et politique

Enquête sur le plus grand gaspillage public du siècle

Par Abel PERROT, le

Vidéo publiée le 25 avril 2026 par Praxis, le média d’action citoyenne fondé par François Boulo.

L’essentiel

  • Contre le discours « les Français ne travaillent pas assez », Praxis pointe un autre responsable de la dette : 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises chaque année, versées sans condition ni suivi.
  • Une large part, estimée à 60 à 90 milliards, est captée par les grands groupes, qui enchaînent profits records, dividendes et plans de licenciement.
  • Selon la vidéo, ces aides servent en réalité à compenser l’handicap créé par l’euro, trop cher pour l’industrie française, depuis le traité de Maastricht.
  • Praxis propose de conditionner les aides à l’emploi et à l’investissement, avec remboursement en cas d’abus, et de rendre leur suivi public.

Le discours culpabilisant

La vidéo s’ouvre sur une litanie de responsables politiques : « on ne travaille pas assez ». Ce discours sert à justifier des « efforts » (recul de l’âge de la retraite, suppression de jours fériés) au nom d’une dette de 3 500 milliards d’euros. Pour Praxis, c’est une manipulation : la France a bien un problème de déficit et de dette, mais il résulte de choix politiques que leurs auteurs refusent d’assumer.

Où va l’argent de l’État ?

En parcourant le site officiel du budget, l’équipe relève les grands postes : 851 milliards de dépenses hors Sécurité sociale, dont environ 90 milliards pour l’armée et autant pour l’éducation, 135 milliards pour les collectivités, 60 milliards de charge de la dette, et une ligne « remboursements et dégrèvements » de 145 milliards, peu détaillée.

C’est un rapport sénatorial de 2025 qui éclaire le sujet. La commission présidée par Olivier Rietmann (LR), avec pour rapporteur Fabien Gay (communiste), a voulu chiffrer les aides publiques aux entreprises. Son constat : aucune définition précise des aides, aucun tableau de bord, 2 252 dispositifs différents (exonérations de cotisations, TVA réduite, apprentissage, crédit d’impôt recherche…), et une administration incapable de dire combien elle donne, à qui et pour quoi faire. En s’appuyant sur France Stratégie et sur un laboratoire lillois (Clersé), les sénateurs aboutissent à au moins 211 milliards d’euros pour 2023 : 75 milliards d’allègements de cotisations, 88 milliards de dépenses fiscales et 41 milliards d’interventions de Bpifrance. Montant en hausse chaque année, et dont on ignore la répartition entre PME et grands groupes.

Des dispositifs coûteux et mal évalués

L’apprentissage. Le nombre d’apprentis est passé d’environ 260 000 à plus de 700 000, objectif affiché : un million. Mais selon l’Inspection générale des finances, 62 % de la hausse concerne des étudiants de niveau bac +3 et plus (écoles d’ingénieurs et de commerce, masters), qui n’avaient aucune difficulté d’insertion. Coût : 15 à 20 milliards d’euros par an, pour des recrutements que les entreprises auraient souvent faits sans aide.

Les dispositifs jamais évalués. De nombreuses dépenses fiscales ne font l’objet d’aucun bilan : crédit d’impôt jeux vidéo, taxation au tonnage des armateurs, etc.

Le CICE. Ce crédit d’impôt proportionnel à la masse salariale devait, dans le « pacte de responsabilité » de François Hollande, s’accompagner de contreparties en emplois. Les études n’ont mis en évidence aucun effet significatif sur l’investissement ou la compétitivité, et estiment l’effet sur l’emploi entre 100 000 et 400 000 postes créés ou sauvegardés, pour quelque 20 milliards par an.

Les grands groupes, premiers bénéficiaires

L’argument de la compétitivité vaut pour une partie des aides, notamment les allègements de cotisations sur les bas salaires, vitaux pour beaucoup de PME exportatrices. Mais le débat confond PME et grands groupes. Les PME ne délocalisent pas et ne versent pas de dividendes par milliards ; la moitié du CICE a pourtant été captée par les plus grandes entreprises.

Or les profits du CAC 40 sont passés de 30 à 40 milliards d’euros par an au début des années 2000 à 144 milliards en 2023 (208 milliards en 2022), et les dividendes d’une quinzaine de milliards à près de 100 milliards par an. Exemples cités : Auchan, 2 milliards d’aides entre 2013 et 2023, puis 2 400 suppressions d’emplois en 2024 ; Michelin, près de 100 millions d’aides en 2023, puis un plan social de 1 250 salariés la même année que 1,4 milliard de dividendes ; LVMH, 275 millions d’aides en 2023 et 1 200 postes supprimés. Faute de conditions, aucune sanction. Praxis estime que 60 à 90 milliards d’euros par an sont ainsi captés par les grandes entreprises sans résultat visible : ni réindustrialisation, ni baisse du chômage.

La racine du problème selon Praxis : l’euro

Le « capitalisme de connivence » n’explique pas tout. Pour Praxis, tout remonte au traité de Maastricht, approuvé de justesse par référendum en 1992 (51 %), qui crée la monnaie unique. François Mitterrand promettait 4 à 6 millions d’emplois en Europe ; Philippe Séguin dénonçait au contraire un fédéralisme « fondamentalement antidémocratique, faussement libéral, résolument technocratique ». La vidéo décrit un piège en trois étapes.

1. Le désavantage monétaire. Une monnaie doit être ajustée à l’économie de son pays, comme une chaussure à la taille du pied. Selon le FMI, l’euro est surévalué de 5 à 10 % pour la France et sous-évalué de 10 à 15 % pour l’Allemagne : les industriels français partent avec un handicap de 20 à 25 % face à leurs concurrents allemands.

2. Des politiques salariales à contretemps. Au moment de l’entrée dans l’euro, la France passe aux 35 heures payées 39, tandis que l’Allemagne comprime ses coûts salariaux avec les lois Hartz et les « mini-jobs ». La balance commerciale française passe d’un excédent au début des années 2000 à un déficit de près de 100 milliards d’euros.

3. L’illusion du modèle allemand. L’Allemagne vend des produits haut de gamme peu concurrencés (machines-outils, tunneliers, automobiles de luxe), dont la « compétitivité hors prix » supporte une monnaie forte. L’industrie française, plutôt positionnée sur le milieu de gamme (automobile, électroménager), dépend de ses prix. L’euro devait forcer les entreprises françaises à monter en gamme ; elles ont préféré délocaliser vers l’Europe de l’Est, intégrée à l’Union en 2004 et 2007, où le travail coûte cinq à dix fois moins cher, et privilégier les dividendes à l’investissement.

Conclusion de la vidéo : plutôt que d’admettre l’erreur de l’euro, l’État compense avec son chéquier. Les 211 milliards d’aides ne sont pas une politique industrielle, mais « le prix que l’État accepte de payer chaque année pour masquer l’échec de l’euro » ; et l’on demande ensuite aux Français de travailler plus longtemps.

Les propositions

Sortir de l’euro serait le remède de fond, mais Praxis juge l’opération trop complexe pour être tranchée sans une étude approfondie, qu’il propose de mener avec des experts avant tout vote. En attendant, il retient deux mesures inspirées du rapport sénatorial :

  • conditionner les aides publiques à des obligations d’investissement et de création ou de maintien d’emplois : en cas de délocalisation, de licenciements ou de hausse des dividendes, l’entreprise rembourse tout et paie des pénalités ;
  • assurer la transparence : chaque citoyen doit pouvoir consulter sur un site officiel les aides reçues par les entreprises.

Ce résumé rend compte de la thèse défendue par la vidéo ; il ne vaut pas approbation. Praxis assume une ligne engagée : son propos est à confronter à d’autres sources.

Source : Enquête sur le plus grand gaspillage public du siècle, praxismedia.fr, consulté le 20 octobre 2026, également publiée sur YouTube.

Sources