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Le Tract

Réflexions libres d’un citoyen français : Éthique, philosophie et politique

Pourquoi l’Europe est-elle comme elle est ?

Par Abel PERROT, le

Conférence donnée à Montpellier le 22 janvier 2011. Vidéo publiée sur upr.fr le 7 novembre 2011 par l’Union populaire républicaine (UPR), le parti fondé en 2007 par François Asselineau, qui fait de la sortie de la France de l’Union européenne — le « Frexit » — le cœur de son programme.

L’essentiel

  • Conférence donnée par François Asselineau à l’université Paul-Valéry de Montpellier en janvier 2011. Sa thèse : l’Union européenne ne peut pas être autre chose que ce qu’elle est, et l’« autre Europe » promise par tous les partis depuis trente ans est impossible.
  • L’essentiel des décisions stratégiques (commerce, concurrence, monnaie, budget, retraites, immigration) a été transféré à Bruxelles : « la République française n’est plus qu’un fantôme ».
  • Le soutien populaire à la construction européenne s’effrite : abstention croissante aux européennes, « non » de 2005, à peine 30 % des inscrits favorables.
  • Pour lui, l’Union est un « stratagème des chaînes » au profit des États-Unis : une copropriété à vingt-sept, ingouvernable, finit gérée par un « syndic » extérieur.

Le contexte

François Asselineau, alors inspecteur général des finances, ancien élève de l’ENA et d’HEC, ancien directeur de cabinet ministériel et enseignant, présente des idées qu’il dit « interdites d’antenne » dans les grands médias. Il commence par rappeler les slogans qu’on répète « du berceau à la tombe » : l’Europe, c’est la paix ; elle est inéluctable ; elle fait contrepoids aux États-Unis ; elle protège de la mondialisation ; l’euro, c’est la croissance ; la France est trop petite.

Ce que l’Union décide à la place des Français

Depuis le traité de Rome (1957), les « transferts de souveraineté » ont été présentés comme irréversibles. Pour en faire comprendre la portée, il compare : transférer sa souveraineté sur son compte bancaire, c’est laisser un autre décider de ses dépenses. Il distingue quatre niveaux de compétences de l’Union :

  • les compétences exclusives : union douanière et politique commerciale (un commissaire européen négocie seul, en tenant compte de vingt-six autres États, d’où l’impuissance des candidats qui promettent de lutter contre les délocalisations) ; règles de concurrence (privatisation d’EDF, de GDF, de la SNCF, de La Poste) ; politique monétaire de la zone euro, avec le pacte de stabilité ; conservation des ressources de la pêche ;
  • les compétences « partagées », euphémisme selon lui pour un pouvoir européen sur les grandes orientations : marché intérieur, politique sociale (la réforme des retraites découlerait des grandes orientations de politique économique, les GOPÉ), agriculture, environnement (introduction des OGM imposée sous astreinte malgré l’opposition de 86 % des Français), énergie, justice, immigration (espace Schengen, « carte bleue » européenne) ;
  • les compétences de coordination, sur des domaines secondaires : santé, culture, tourisme, éducation, sport ;
  • la politique étrangère et de défense, renforcée par le traité de Lisbonne et confiée à une diplomatie qu’il juge atlantiste.

Les lois françaises, dans leurs aspects stratégiques, ne seraient plus que des transpositions de directives. Pour lui, les partis qui ont transféré la souveraineté nationale violent l’article 4 de la Constitution, qui leur impose de respecter la démocratie et la souveraineté nationale. Il cite Tommaso Padoa-Schioppa, ancien membre du directoire de la BCE, selon qui la construction européenne s’est faite par « despotisme éclairé » et ne procède pas d’un mouvement démocratique. Il dénonce aussi les syndicats, membres d’une Confédération européenne des syndicats financée par la Commission.

Un processus sans soutien populaire

L’abstention aux élections européennes est passée de 42 % en 1979 à 61 % en 2009, à mesure que la part des députés français au Parlement européen tombait de 20 % à moins de 10 %. La construction européenne serait « la première dictature de l’histoire qui s’impose par l’ennui ». Les Français n’ont jamais été consultés sur le fond, seulement sur des modalités : l’élargissement en 1972, Maastricht en 1992, la Constitution européenne en 2005, rejetée. En pourcentage des inscrits, le « oui » est passé de 36 % à 31 %. Or fusionner son pays avec vingt-six autres exigerait un soutien écrasant, comme pour la réunification allemande ; personne n’est jamais descendu dans la rue pour fêter l’adhésion de la Lettonie. Il estime à moins de 10 % les Français réellement acquis au processus, beaucoup ayant voté « oui » en croyant améliorer les choses.

Le mirage de l’« autre Europe »

Depuis 1979, tous promettent de « changer l’Europe » : le Parti socialiste (même slogan en 1979 et en 2009, après quatorze ans de présidence Mitterrand), Lionel Jospin, Jacques Chirac, Jean-Pierre Chevènement, François Bayrou, le Parti communiste, les Verts, l’extrême gauche, le Front de gauche, Nicolas Dupont-Aignan, Philippe de Villiers, l’UMP. Nicolas Sarkozy affirmait en 2005 que voter « non » reviendrait à garder l’Europe telle qu’elle est. François Asselineau note qu’aucun de ces partis, Front national compris, n’a jamais proposé dans ses documents électoraux de faire sortir la France de l’Union : en 2006, Bruno Gollnisch précisait que Jean-Marie Le Pen ne proposerait ni la sortie de l’euro, ni celle de l’Europe. Après cinquante-quatre ans de promesses, la conclusion s’impose : si l’Europe est ainsi, c’est qu’elle ne peut pas être autrement.

La thèse géopolitique

François Asselineau invoque le Daily Telegraph du 19 septembre 2000. Selon des archives américaines déclassifiées, les services secrets américains auraient financé le mouvement européen dans les années 1950-1960, via un comité américain pour l’Europe unie alimenté par les fondations Ford et Rockefeller. Une note du département d’État de 1965 conseillait de poursuivre « de façon subreptice » l’union monétaire et d’éviter tout débat jusqu’à ce qu’elle devienne inévitable. Il s’en prend à Robert Schuman, qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain et participé à son premier gouvernement, et dont la déclaration de 1950 aurait été inspirée par l’entourage du secrétaire d’État Dean Acheson, et à Jean Monnet, que de Gaulle accusait selon Alain Peyrefitte de servir les Américains. Il cite aussi les appels de présidents américains à une Europe fédérale (Eisenhower en 1951), à l’entrée de la Turquie (Clinton en 1999), à l’élargissement conjoint de l’OTAN et de l’Union (George W. Bush en 2001), et l’appel de Condoleezza Rice à voter « oui » en 2005. Ces thèses historiques sont les siennes et sont discutées par les historiens.

Pourquoi les États-Unis encourageraient-ils une construction censée leur faire contrepoids ? Sa réponse : c’est le « stratagème des chaînes », le 35e des Trente-six stratagèmes chinois, qui consiste à pousser l’adversaire à s’entraver lui-même. Il l’illustre par une métaphore : le propriétaire d’une maison décide seul ; en copropriété à six, il doit négocier ; à vingt-sept, plus rien n’est possible, et c’est le syndic extérieur qui décide. La France veut une monnaie pas trop forte, des services publics, la politique agricole, la francophonie, une indépendance vis-à-vis des États-Unis. Le Royaume-Uni veut le contraire, l’Allemagne une monnaie forte, les pays de l’Est la protection américaine et le dumping social, le Luxembourg ses avantages fiscaux. Le « syndic » qui met une majorité d’accord, ce sont les États-Unis. Il cite la conférence de presse du général de Gaulle du 15 mai 1962 : une Europe intégrée n’aurait pas de politique et se mettrait « à la suite de quelqu’un du dehors », un « fédérateur » qui « ne serait pas européen ». Les cinq ministres MRP du gouvernement démissionnèrent le soir même.

Éléments de langage du programme

  • Les « transferts de souveraineté » ont fait de la République française « un fantôme » et de la démocratie « une apparence ».
  • La construction européenne, « despotisme éclairé » et « dictature qui s’impose par l’ennui ».
  • L’« autre Europe » est impossible : depuis 1979, tous la promettent, aucun ne l’obtient.
  • La copropriété à vingt-sept et son « syndic » américain : le « stratagème des chaînes ».
  • De Gaulle et le « fédérateur qui ne serait pas européen ».

Résumé et éléments de langage rapportent les positions de l’UPR telles que le parti les présente ; ils ne valent ni approbation ni vérification. Les thèses avancées, notamment historiques, sont à confronter à d’autres sources.

Source : Pourquoi l’Europe est-elle comme elle est ?, upr.fr, consulté le 20 octobre 2026 ; Le Frexit, pages programme de l’UPR.

Sources