Le jour d’après ? La sortie de l’Union européenne : fin du monde ou libération ?
Conférence enregistrée au Puy-en-Velay le 8 novembre 2014. Vidéo publiée sur upr.fr le 15 février 2015 par l’Union populaire républicaine (UPR), le parti fondé en 2007 par François Asselineau, qui fait de la sortie de la France de l’Union européenne — le « Frexit » — le cœur de son programme.
L’essentiel
- Conférence donnée par François Asselineau au Puy-en-Velay en novembre 2014. Il y décrit concrètement ce qui se passerait si l’UPR arrivait au pouvoir, en trois temps : les jours « avant » l’élection, les jours « pendant » (la première année) et les jours « après ».
- Le calendrier : référendum constitutionnel dans la semaine suivant l’installation, élections législatives, puis notification de la sortie de l’Union européenne par l’article 50 et de l’OTAN par l’article 13 du traité de l’Atlantique Nord, avant deux mois ; billets en francs avant sept mois.
- La sortie est comparée à un « divorce à l’amiable » : un accord de retrait règle les comptes, les traités et les fonctionnaires, en deux ans au plus.
- Il réfute une à une les prédictions d’« apocalypse » : la France ne serait ni isolée ni ruinée, et un franc déprécié d’environ 25 à 30 % relancerait l’industrie et l’emploi.
Les jours « avant » : une situation qui s’aggrave
Il décrit une France menacée par la déflation, pire que l’inflation selon lui car elle fait baisser la valeur des patrimoines et pousse les entreprises à licencier. Il s’appuie sur des chiffres d’Eurostat qu’il a regroupés lui-même : de 2001 à 2013, le nombre de chômeurs est passé de 11,9 à 18,7 millions dans les dix-sept pays de la zone euro, mais est resté stable (de 7,3 à 7,2 millions) dans les dix pays de l’Union restés hors de l’euro. Il y voit la preuve que l’euro est « la cause n° 1 » du chômage. La pauvreté, en recul depuis 1970 selon l’Insee, repartirait à la hausse à partir de 2002, date de l’arrivée des billets en euros. Le Portugal perdrait 150 000 habitants par an, souvent diplômés, partis au Brésil ou en Angola.
À mesure que l’UPR progresserait, il prévoit trois réactions :
- une fuite des capitaux : l’euro n’étant pas une monnaie unique mais une monnaie commune, des euros placés en France sont des créances sur la Banque de France et deviennent, une fois transférés en Allemagne, des créances sur la Bundesbank. Anticipant une sortie, les grandes fortunes transféreraient leurs avoirs outre-Rhin, ce que l’Allemagne refuserait de supporter. Il faudrait alors rétablir un contrôle des mouvements de capitaux avant même l’élection, comme à Chypre en 2013, en passant outre l’article 63 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) ;
- une campagne de dénigrement, qu’il illustre par une fausse une du Monde datée de mars 2017 où d’anciens présidents et Premiers ministres annoncent une « apocalypse » en cas d’élection de François Asselineau ;
- une guerre de l’information, qu’il présente comme la « guerre du IIIe millénaire ».
Les jours « pendant » : le calendrier de la première année
Entre J et J+7, le président nouvellement installé soumettrait à référendum une réforme constitutionnelle :
- abroger l’article 88-1 (« La République participe à l’Union européenne »), qu’il qualifie de « pilule empoisonnée » introduite pour ratifier le traité de Lisbonne malgré le « non » de 2005, et l’article 88-2 sur le mandat d’arrêt européen ; l’article 50 prévoyant une sortie « conformément aux règles constitutionnelles » de l’État, ce nettoyage serait un préalable ;
- supprimer la révision par le Congrès (article 89), pour que seul le peuple puisse modifier la Constitution ;
- rétablir le crime de « complot contre la sûreté de l’État », supprimé de l’article 68 en 1993, et la « haute trahison » du président, remplacée en 2007 par le « manquement » à ses devoirs ; l’étendre aux ministres et aux parlementaires, en la définissant comme la trahison des intérêts du peuple au profit de puissances étrangères ou de lobbys ;
- créer le référendum d’initiative populaire et reconnaître le vote blanc : s’il arrivait en tête, l’élection serait annulée et les candidats ne pourraient pas se représenter.
Entre J+30 et J+50 auraient lieu les élections législatives. Il compte sur une dynamique comparable à 1981 ou 2012, quand les électeurs ont donné une majorité au président qu’ils venaient d’élire.
Avant J+2 mois, le président notifierait au Conseil européen la sortie de l’Union et de l’euro (article 50 du traité sur l’Union européenne) et au gouvernement américain la sortie de l’OTAN (article 13 du traité de l’Atlantique Nord, qui prend effet un an après). Il insiste : les traités ne prévoyant aucune sortie de l’euro seule, l’article 50 est la seule voie légale. Et le délai de deux ans est un maximum, non un minimum : à défaut d’accord, les traités cessent de s’appliquer de plein droit. Il ne craint pas d’obstruction des autres États : face au projet de référendum britannique, seuls les États-Unis auraient protesté ; il prévoit plutôt un « effet de souffle », comme en 1830 ou en 1848.
L’accord de retrait, un « divorce à l’amiable »
Comme un divorce, la sortie suppose de régler le partage. L’accord devrait trancher le sort des 521 traités liant la France à l’Union, la date à laquelle la France cesse de verser sa contribution et de recevoir des fonds (politique agricole commune, FEDER), le solde des comptes, la fin du mandat des députés européens français, le sort du Parlement de Strasbourg, des ambassades partagées et des fonctionnaires français des institutions européennes. Il estime ce travail faisable en six mois à un an. L’article 50 n’est donc pas, selon lui, un piège destiné à empêcher la sortie, mais une procédure pour qu’elle se passe en bon ordre avec des voisins avec lesquels la France doit rester en bons termes. Il reproche au Front national et à Debout la France de dénigrer ce « juridisme » sans proposer eux-mêmes de sortir de l’Union.
Le retour du franc
Le nom s’impose : le franc, qui veut dire « libre ». Il raconte sa naissance en 1360 : le « franc à cheval » est frappé pour payer la rançon de Jean le Bon, prisonnier des Anglais après Poitiers. Le franc disparaît sous Louis XIV, revient avec la Révolution (franc germinal) et disparaît en 2002 ; pour lui, chacune de ses réapparitions accompagne un retour de la liberté.
Le calendrier : appel d’offres pour les billets juste après la notification, commande avant J+3 mois, mise en circulation avant J+7 mois. Il souligne que la France est un leader mondial de l’impression fiduciaire, avec l’usine de la Banque de France à Chamalières et l’imprimeur Oberthur, qui travaille pour plus de soixante-dix pays. Les billets rendraient hommage à toutes les sensibilités : le premier franc et Jeanne d’Arc (5 F), Rouget de Lisle et les sans-culottes (10 F), Gambetta et Jaurès (20 F), le groupe Manouchian et Honoré d’Estienne d’Orves (50 F), de Gaulle et Félix Éboué (100 F), la statue de la République et le génie de la Bastille (200 F). Il cite Gambetta en 1877 : « il faudra se soumettre ou se démettre ».
La conversion se ferait à un franc pour un euro, pour éviter les hausses déguisées par arrondi observées en 2002. Les dettes et créances des résidents seraient converties au même taux, par décision souveraine. Aux créanciers étrangers qui se plaindraient d’être remboursés en francs dépréciés, il répond que l’écart de taux entre la France (2,2 %) et l’Allemagne (1,4 %) rémunérait déjà ce « risque de change », comme l’aurait reconnu Mario Draghi en 2012.
Ce que permettrait la sortie
Il présente un programme inspiré de celui du Conseil national de la Résistance, « Les jours heureux » :
- une autorisation préalable pour toute délocalisation et pour tout rachat étranger d’actifs nationaux au-delà d’un seuil (vignobles, hôtels, aéroport de Toulouse), comme avant Maastricht. Il prend l’exemple de l’usine Peugeot en Iran, autorisée à l’époque car bonne pour l’entreprise, pour l’Iran et pour la France, sans réimportation ;
- la fin de l’évasion fiscale des multinationales, après le scandale LuxLeaks ;
- l’interdiction des OGM, la protection de l’agriculture, et le droit pour la Banque de France de financer une partie du déficit public, interdit par les traités ;
- la fin du mandat d’arrêt européen, le retrait du programme de surveillance INDECT et des négociations transatlantiques TAFTA et TISA, et le retour de la France à l’OMC en son nom propre ;
- l’inscription dans la Constitution de services publics non privatisables : EDF, GDF, France Télécom, SNCF, autoroutes, réseaux d’eau, La Poste, Sécurité sociale, TF1, TDF, toute banque renflouée par l’argent public, et la retraite par répartition ;
- le retrait du drapeau européen des bâtiments publics.
Les jours « après » : réponses aux objections
« C’est insensé. » Des ministres britanniques appellent à quitter l’Union, et l’Islande, 320 000 habitants, a renoncé à y entrer en 2013.
« Ce sera l’apocalypse. » Le Groenland a quitté la CEE en 1985, Saint-Barthélemy l’Union en 2012 en devenant collectivité d’outre-mer : il ne s’est rien passé, sinon qu’ils ont recouvré leurs décisions. « La boulangère sera toujours là. »
« La France fermera ses frontières. » Il retourne l’argument : l’Union protège elle-même ses frontières extérieures par des barbelés, à la frontière gréco-turque comme dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Les contrôles aux frontières existent déjà pour qui voyage hors de l’espace Schengen, et l’appartenance à Schengen est distincte de l’Union (la Norvège et l’Islande en sont membres sans être dans l’Union) : les Français en décideraient par un débat national.
« Cela coûtera une fortune. » L’Union ne produit rien et fonctionne comme une « pompe aspirante et refoulante » : en 2012, la France aurait versé environ 21 milliards d’euros et n’en aurait récupéré que 14, présentés sous le drapeau européen. Sur 100 € versés, les agriculteurs en récupèrent 50 et les régions 16 ; le reste finance l’administration européenne et d’autres pays. Les subventions dites européennes, payées par les Français, favoriseraient en outre les régionalismes. En sortant, la France pourrait verser les mêmes aides sous son propre drapeau et disposer de 7 milliards de plus. Avec les sanctions, les cofinancements et le coût des normes, il estime le coût total de l’Union pour la France à au moins 60 milliards d’euros par an.
« C’est la fin d’Airbus et d’Ariane. » L’Union n’y joue aucun rôle. La part américaine d’un A380 motorisé par Pratt & Whitney atteindrait 38 % (électronique, trains d’atterrissage, moteurs), et quinze des vingt-huit États membres n’y fournissent rien. Il oppose la coopération internationale, où des partenaires de tous continents s’associent sur un projet commun et ont intérêt à sa réussite (Airbus, Ariane, tunnel sous la Manche, Renault-Nissan, Air France-KLM), à l’intégration supranationale, qui force des pays aux intérêts opposés à tout faire ensemble au seul motif qu’ils sont voisins, comme vingt-huit colocataires obligés de passer leurs vacances ensemble.
« La France sera isolée. » Elle resterait liée au monde par 6 653 traités bilatéraux et multilatéraux, dont 604 avec l’Allemagne, et garderait le deuxième réseau diplomatique du monde, ses 165 ambassades et son siège à l’ONU et dans les grandes organisations internationales.
« Le franc s’effondrera. » Il cite le référendum suédois de 2003 : malgré les menaces, les Suédois ont refusé l’euro, la couronne a monté et la croissance suédoise a dépassé celle de la zone euro. Le commerce extérieur français est équilibré quand l’euro vaut environ un dollar, et l’euro serait donc 30 % trop cher. Il s’appuie sur l’étude de Jacques Sapir et Philippe Murer sur les scénarios de dissolution de l’euro, tout en la présentant comme discutable : avec une dépréciation de 25 à 30 %, l’inflation ne dépasserait pas 5 % la première année, la dette reculerait vers 75 à 80 % du PIB, la croissance cumulée atteindrait 8 à 21 % en quatre ans et le chômage pourrait baisser de 1 à 2 millions de personnes. Le pétrole coûterait plus cher, mais la baisse des taxes pourrait compenser.
Une diplomatie indépendante
Le pétrole de demain se trouvera au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique latine et en Russie. Plutôt que de s’allier aux États-Unis et à une Europe sans ressources, la France devrait nouer des partenariats avec ces pays et renouer avec la diplomatie non alignée du général de Gaulle. Il cite un sondage WIN/Gallup International de 2014 dans 65 pays, où les États-Unis apparaissent comme la plus grande menace pour la paix mondiale. Ses propositions : transférer l’UNESCO dans le Parlement libéré de Strasbourg, créer à Paris un parlement de la francophonie, réorienter une partie de la contribution européenne vers l’aide au développement, et étendre aux étudiants du monde entier des échanges du type Erasmus, au nom de l’« universel ».
Éléments de langage du programme
- Les jours « avant », « pendant » et « après » : seule l’UPR a réfléchi concrètement à la sortie.
- L’article 50, seule voie légale de sortie de l’Union et de l’euro : « deux ans maximum », non minimum.
- La sortie de l’Union, un « divorce à l’amiable » avec des voisins qui le resteront.
- Le franc, c’est « le libre » ; conversion à un franc pour un euro.
- Coopération internationale contre intégration supranationale.
- Groenland, Saint-Barthélemy : « la boulangère sera toujours là ».
- « Il faudra se soumettre ou se démettre » : la volonté souveraine du peuple français.
Résumé et éléments de langage rapportent les positions de l’UPR telles que le parti les présente ; ils ne valent ni approbation ni vérification. Les thèses avancées, notamment historiques, sont à confronter à d’autres sources.
Source : Le jour d’après ? La sortie de l’Union européenne : fin du monde ou libération ?, upr.fr, consulté le 20 octobre 2026 ; Le Frexit, pages programme de l’UPR.
Sources
- Vidéo
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Site web
Le jour d’après ? La sortie de l’Union européenne : fin du monde ou libération ? (nouvel onglet)
Page de la vidéo sur upr.fr, source de cet article.
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Site web
Le Frexit (nouvel onglet)
Page programme de l’UPR, source des éléments de langage.