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Le Tract

Réflexions libres d’un citoyen français : Éthique, philosophie et politique

L’Europe, c’est la guerre !

Par Abel PERROT, le

Conférence enregistrée à Valence le 23 novembre 2013. Vidéo publiée sur upr.fr le 5 décembre 2013 par l’Union populaire républicaine (UPR), le parti fondé en 2007 par François Asselineau, qui fait de la sortie de la France de l’Union européenne — le « Frexit » — le cœur de son programme.

L’essentiel

  • À l’approche du centenaire de 1914, François Asselineau répond au slogan « l’Europe, c’est la paix », qu’il voit mobilisé pour les européennes de 2014 jusque dans les écoles.
  • Il identifie quatre causes réelles de la Première Guerre mondiale, plus une fausse cause présentée aux peuples, la « guerre pour la civilisation », et montre comment elles pourraient se reproduire à une autre échelle.
  • Selon lui, la paix en Europe de l’Ouest depuis 1945 ne doit rien à la construction européenne, mais à l’équilibre de la terreur nucléaire.
  • En se liant aux États-Unis par l’Union européenne et l’OTAN, la France s’allie à des puissances en déclin démographique, énergétique et militaire et s’expose à la guerre. Il propose la sortie de l’UE par l’article 50, la sortie de l’OTAN et une politique fondée sur l’ONU et la francophonie.

L’instrumentalisation du centenaire

En 2011, Nicolas Sarkozy commande un rapport sur la commémoration de 1914 ; celui-ci recommande de la placer sous le signe de « l’édification d’une Europe pacifique », main dans la main avec l’Allemagne, de 2014 à 2020. Une note du ministère de l’Éducation nationale de juin 2013 demande aux enseignants d’insister sur la « catastrophe européenne » dont l’issue serait la prise de conscience que « l’Europe est un bien commun ». François Asselineau y voit une réécriture politique de l’histoire, destinée aux enfants. Il conteste aussi la présentation du traité de l’Élysée (1963), dont le préambule ajouté par le Bundestag a selon lui réintroduit l’OTAN et l’atlantisme que de Gaulle avait écartés.

Les quatre causes de 1914

1. Les déséquilibres démographiques et économiques. L’Allemagne redoutait l’essor rapide de la Russie et songeait à frapper avant qu’il ne soit trop tard ; la France, en déclin démographique, craignait l’Allemagne.

2. Les rivalités coloniales. Après la conférence de Berlin (1884-1885), qui partage l’Afrique, les crises se succèdent : Fachoda entre la France et le Royaume-Uni en 1898, crises marocaines avec l’Allemagne en 1905 et 1911 (Agadir), et projet de chemin de fer Berlin-Bagdad, qui inquiète Londres et Paris pour l’accès au golfe Persique et au pétrole de Mésopotamie.

3. Des empires supranationaux en décomposition. L’Autriche-Hongrie, « prison des peuples », est minée par le réveil des nationalités. C’est à Sarajevo, en Bosnie sous protectorat autrichien, qu’un nationaliste serbe assassine l’archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914.

4. Des alliances conclues pour garantir la paix. La Triplice (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie) et l’Entente (France, Royaume-Uni, Russie) transforment l’attentat en guerre mondiale en un mois : ultimatum à la Serbie, qui en accepte neuf points sur dix, mobilisations en cascade, déclarations de guerre successives, entraînant les empires coloniaux. Jean Jaurès, qui dénonçait cet engrenage, est assassiné le 31 juillet. C’est, dit-il, la « quintessence » de la conférence : des alliances censées garantir la paix mènent à la guerre.

La fausse cause : la « civilisation ». Une médaille de la guerre de Crimée (1854) montre Napoléon III, la reine Victoria et le sultan ottoman unis au nom de la « civilisation » contre la Russie orthodoxe. Quarante ans plus tard, l’alliance franco-russe de 1896 fait de la Russie l’amie de la civilisation et de l’Allemagne son ennemie ; la médaille interalliée célèbre la « Grande Guerre pour la civilisation ». Pour lui, cette rhétorique masque toujours des intérêts géopolitiques ; sa version actuelle est le « choc des civilisations » qui désigne le monde musulman.

Pourquoi la paix depuis 1945 ?

Le blocus de Berlin (1948), l’insurrection de Berlin-Est (1953) et celle de Budapest (1956) n’ont pas débouché sur une guerre alors que le traité de Rome n’existait pas encore ; en 1968, le Marché commun ne se résumait guère qu’à la politique agricole. La paix s’explique par la dissuasion nucléaire et la « destruction mutuelle assurée ». François Mitterrand confiait d’ailleurs à la fin de sa vie : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique », une guerre économique « sans mort apparemment, et pourtant une guerre à mort ».

Les mêmes causes, à une autre échelle

Pour anticiper, il faut « sortir du cadre » mental, comme dans l’énigme des neuf points à relier sans lever le crayon : l’histoire ne se répète pas, elle « bégaie ». Raisonner en termes de conflit franco-allemand n’a plus de sens. Les mêmes causes se retrouvent ailleurs :

  • la démographie : l’Allemagne vieillit et la France la dépassera d’ici trente ans, mais le grand déséquilibre est entre l’Europe stagnante et l’Afrique et l’Asie en forte croissance. En s’enfermant dans l’Union européenne et bientôt un marché transatlantique, la France s’allie aux perdants ;
  • les ressources : l’essentiel des réserves de pétrole se trouve au Moyen-Orient (56 %), en Afrique et en Russie ; l’Europe et les États-Unis en manqueront d’ici quarante ans. Les guerres d’Irak, de Libye ou de Syrie relèveraient de cette logique ;
  • les empires fragiles : la mosaïque ethnique du Moyen-Orient rappelle l’Autriche-Hongrie. Il cite une carte de redécoupage de la région publiée par un analyste militaire américain et le témoignage du général Wesley Clark, ancien commandant de l’OTAN, selon qui un plan prévoyait en 2001 de renverser sept gouvernements en cinq ans (Irak, Syrie, Liban, Libye, Somalie, Soudan, Iran). Il voit aussi la main américaine derrière les mouvements régionalistes européens (Catalogne, Écosse, Bretagne) ;
  • les alliances : l’OTAN face à l’Organisation de coopération de Shanghai (Russie, Chine, avec l’Inde, l’Iran et le Pakistan comme observateurs). L’article 42 du traité sur l’Union européenne lie la défense européenne à l’OTAN, et l’élargissement à l’Est a suivi l’adhésion des mêmes pays à l’OTAN.

La crise syrienne de 2013, et le déclin militaire américain

Les États-Unis restent de loin la première puissance militaire, mais leurs dépenses reculent tandis que celles de la Chine et de la Russie progressent. Il rapporte une version, présentée au conditionnel, des tirs de missiles observés en Méditerranée le 3 septembre 2013 : il s’agirait d’une attaque américaine contre la Syrie déjouée par des missiles antiaériens russes S-300. Cela expliquerait le revirement de Washington, l’accord sur le démantèlement des armes chimiques syriennes et l’isolement de la France, après la déclaration de Laurent Fabius selon laquelle Bachar al-Assad « ne mériterait pas d’être sur la terre ». En se liant aux États-Unis au moment où leur suprématie s’érode, la France ferait un troisième « choix stratégique dramatiquement erroné ».

Le programme de l’UPR

Pour rétablir la « mission universelle » de la France, à l’image du discours de Dominique de Villepin à l’ONU en 2003 :

  • inscrire dans la Constitution l’incessibilité du siège permanent de la France au Conseil de sécurité ;
  • redonner sa force à l’ONU et au droit international, refuser l’« ingérence » et le « deux poids, deux mesures » sur les droits de l’homme ou les armes de destruction massive ;
  • sortir de l’OTAN, et pas seulement de son commandement intégré, rappeler les troupes engagées à l’étranger, réaffirmer la dissuasion nucléaire « tous azimuts », refuser le bouclier antimissile, rétablir le lien armée-nation ;
  • transférer l’UNESCO dans le Parlement européen de Strasbourg libéré, avec un « centre mondial de la concorde entre les civilisations », et donner à la francophonie un rôle politique, antidote au « choc des civilisations » ;
  • sortir de l’Union européenne et de l’euro par l’article 50, procédure qui ne dépend que des Français et que les autres États ont acceptée en ratifiant le traité. Faute d’accord, la sortie est de droit au bout de deux ans.

Éléments de langage du programme

  • « L’Europe, c’est la paix » : un argument d’autorité pour faire taire les opposants, comme le fut la « politique de paix » de l’URSS.
  • La paix depuis 1945 est due à l’équilibre de la terreur, non aux « directives sur le beurre de cacao ».
  • Des alliances censées garantir la paix mènent à la guerre, aujourd’hui l’Union européenne et l’OTAN.
  • Union européenne et OTAN, « deux faces de la même monnaie ».
  • Seule l’UPR propose de sortir de l’UE, de l’euro et de l’OTAN.

Résumé et éléments de langage rapportent les positions de l’UPR telles que le parti les présente ; ils ne valent ni approbation ni vérification. Les thèses avancées, notamment historiques, sont à confronter à d’autres sources.

Source : L’Europe, c’est la guerre !, upr.fr, consulté le 20 octobre 2026 ; Le Frexit, pages programme de l’UPR.

Sources